Louis XIV avait tout détruit car le style flamand ne lui siait pas à ravir. En effet, son coeur se fendant entre l'art baroque venant d'Italie et le style classique qu'il a lui même initié, il n'avait que faire de ses maisons à pignon à volutes ou à redents. Mais pourquoi je m'obstine à parler du Roi Soleil sur un article qui traite la place de la merveilleuse capitale belge? Tout simplement parce que la Flandre fut un temps française et que cette place a failli périr sous les canons et la barbarie de la guerre. Le XIX e siècle signe sa reconstruction. Et pourtant, aujourd'hui, après la destruction, la place de Bruxelles apparaît comme l'une des plus belles du monde, voir la plus belle pour un grand écrivain français révélé dans l'article? Enquête au dessus des décombres exhumées!

A première vue, la place de Bruxelles peut apparaître comme un charivari architectural. Des constructions carnavalesques qui abritent des êtres humains aux fonctions bien différentes et des lieux tous autant singuliers des autres. Bref, un grand n'importe quoi cette place pavée. Des maisons de marchands aux façades flamandes qui lorgnent en face sur un bâtiment imposant qui frime avec ses dorures fashion style baroque. Et entre les deux, l'Hôtel de ville d'allure gothique est prêt pour un battle face au musée de la ville de Bruxelles où vous pourrez jeter un oeil pervers sur les Manneken Pis parés de tous les vêtements folkloriques du monde. Pourtant, sous ce désordre, sous cette cacophonie monumentale s'élèvent les mots de Victor Hugo qui l'excelle en "plus belle place" (et pour moi elle est 5e et toc) ou ceux de Cocteau qui parlent d'un "riche théâtre". Ce dernier vise juste car cette place est une véritable scène toujours vivante, souvent bruyante qui jaillit d'excès sous tous les décors, tantôt ensoleillée, tantôt sous la pluie, et exceptionnellement recouverte de fleurs chaque année paire l'été. Vous êtes autant l'acteur que les marchands des maisons de corporation sous les façades de Flandre que ce soit les bouchers, les brasseurs et j'en passe. Après les didascalies artistiques du musée de l'histoire de la ville de Bruxelles, vous prendrez soin d'écouter le monologue des affiliés à l'office du tourisme abrité sous l'Hôtel de ville, des gens très compétents qui aiment leur métier. Vous vous planterez au beau milieu d'une orgie verbale sur les terrasses de la ville pour y déguster une bonne bière belge servie (une fois) par un serveur au fameux accent écrasé que tout le monde s'amuse à imiter. Vos yeux pendant ce temps là vous ouvriront l'appétit lorsqu'ils loucheront sur les fontaines de chocolat au loin. Nous sommes ainsi ravis de faire partie du décor, de pénétrer dans ce poulailler humain où à jamais des nouvelles scènes semblent s'y rejouer. La seule fin qui existe, c'est celle de l'architecte de l'Hôtel de ville qui s'apercevant que les deux côtés n'étaient pas égaux grimpa au sommet pour se jeter et s'écraser sur les pavés devant la foule qui ricanait de lui. La tragi-comédie à la bruxelloise.

L'Hôtel de ville

Les maisons des corporations baroquisées