Des nuages sur un ciel bruni, drôle de spectacle quand on sait que vos yeux regardent la table. Vienne est l'endroit idéal pour prendre une pause bien méritée quand on a longé le Ring, les pieds en compote. Plus qu'un simple instant de plaisir gustatif, le café viennois est une institution. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, on en dénombrait 1 283. 

 

La tradition remonte à fort loin: lire son journal dans un café, les plus grands l'ont fait et chacun avait son adresse. Ainsi Sigmund Freud psychanalisait peut être le comportement du monde qui l'entourait au Herrenhof tandis que Klimt et Schiele manigançaient des plans diaboliques et érotiques pour sacager l'académisme de leur temps au Museum, surnommé le café "Nihilismus". Entre les boiseries et les stucs ou les cafés poussiéreux, ces établissements faisaient office de résidences secondaires où on bavassait entre amis. 

 

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Dégoulinant de plaisir

 

Aujourd'hui, les cafés n'ont pas perdu de leur saveur (lieu comme boisson) et j'ai d'ailleurs quelques bonnes adresses à vous suggérer dans un futur article. Vous y entrez, vous vous posez aussi longtemps que vous voulez. Cela peut sembler incroyable pour un français de notre espèce mais lorsqu'on consomme une fois à Vienne, on peut rester le cul sur notre chaise aussi longtemps qu'on veut sans qu'on nous demande de sortir si on ne consomme pas une seconde fois. Les spécialités sont un peu chères mais il serait stupide de ne pas en profiter une fois. Parmi les favoris, le Maria Theresen, un café qu'on mélange à du rhum donnant un goût corsé surplombé de quelques franges d'orange râpé. L'autre star, le Fiaker ici relevé d'une larme de cognac. Dans les deux cas, la chantilly maison bien consistante apporte la touche douceur dans un corps virile. Comme un nuage se posant sur un torrent de caféine. D'autres comme le Melange peuvent plaire, café où il y a autant de boisson qui énerve que de lait. Le café n'est pourtant jamais seul à Vienne, son ami de toujours est le verre d'eau, très appréciable quand la langue vous brûle. Enfin, il ne faut pas oublier messieurs les gâteaux qui ont sorti leurs plus beaux apparats: un glaçage au chocolat pour la Sachetorte et une couche de sucre glace pour l'Apfelstrudel qui sent bon la cannelle. Ce gâteau où la pâte feuilletée s'enroule délivre les arômes d'une pomme qui se blottit contre les amandes et le raisin sec. Les Autrichiens en raffolent. Au final, Vienne peut remercier les Turcs de l'avoir assiégée en 1683 car le café est surement le plus beau trésor qu'elle a ravi aux Ottomans.

 

Vous retouverez la recette de l'Apfelstruel sur Les yeux sur tout: http://lesyeuxsurtout.canalblog.com/archives/2013/09/06/27965735.html#c57641631