Entouré par un océan de maisons de corporations sur la Grand Place, la fontaine de Brabo vous innonde de la violence qui jaillit de la légende de la fondation d'Anvers

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Une main à la mer

Même si elle fut inventée de toute pièce au XVI e siècle, la légende de Silvius Brabo est coriace et tient contre vents et marées. Une sirène tend à imiter Atlas en portant une charge moins lourde: un bateau sur lequel Brabo tient en équilibre. "Contez moi une histoire", c'est ce que je lis dans vos pensées. Votre impatience gronde comme le tonnerre et je m'exécute à vous expliquer ce déchaînement d'eau sur la place. Silvius Brabo était un soldat romain avec toutes les vertus proposées en option et parmi lesquelles la bravoure évidemment. Anvers nous joue un remake de David et Goliath. Silvius, vous l'aurez compris est le David. Dans le rôle du Goliath, j'ai nommé Druon Antigon, pilleur de bateaux transitant sur l'Escaut. Un héros s'accompagne toujours de bravoure et c'est pourquoi dans un geste mutilatoire, Brabo coupe la main de Druon et la jette dans le fleuve, ce qui aurait donné le nom d'Anvers, en flamand Antwerpen (qui se rapproche du flamand "hand werpen", traduisez par jeter la main).

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Exterminons le géant!

Après la légende, place à l'oeuvre d'art. Le héros est hissé, main à la main, avec le bateau qui symbolise la puissance commerciale et portuaire d'Anvers (qui fut d'ailleurs à un moment la ville la plus peuplée d'Europe). Cette fontaine colle toujours à l'actualité car la zone industrialo portuaire que j'ai parcourue (oui, prof de géographie à la chasse à la photo pour son cours sur les littoraux industriels) est l'une des plaques tournantes de la Northern Range. De plus, le commerce du diamant fait toujours aussi fureur dans la ville flamande. La sirène tient bon même si un petit dragon semble vouloir la faire dériver comme certains ont voulu faire trembler Anvers mais n'y sont jamais parvenus sur long terme. Et puis, il y a ce géant Brabo que l'on discerne à peine, une masse difforme dont on cache le visage car les vaincus ont toujours tort. De sa main, s'échappe de l'eau comme des flots de sang. D'ailleurs, les jets d'eau sont minuscules comme l'écoulement de nos veines et tapissent d'onde les pavés de la place. Une façon de rappeler qu'Anvers a versé des larmes et du sang pour tenir en équilibre. Tout au fond, comme des voiles déployées au vent, les drapeaux flamands apparaissent comme un feux d'artifice aux couleurs chatoyantes. Eau, terre, feu et air font partie intégrante du spectacle, un spectacle qui a pour décor principal une fontaine.

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Un océan de drapeaux et de couleurs