Marc Chagall, tout comme la cathédrale orthodoxe Saint Nicolas, montre combien Nice porte bien son titre de la plus russe des villes françaises mais cette fois-ci du XX e siècle. Ce musée, comme le musée Dali a Figuerres notamment, est l'un des rares exemples de bâtiment créé du vivant d'un artiste. Il fut largement soutenu par le ministre de la culture de l'époque, André Malraux. Il est inauguré en 1973.

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Pour les connaisseurs, même si Chagall fut salué à travers le monde et aura même participé à la confection de nombreux spectacles aux Etats-Unis qu'il s'agisse de décors ou même de vêtements qui rendaient hommage aux cultures mexicaines et aux ballets russes, il conserva toute sa vie un lien très fort avec la France. Quelques traces de son parcours et de sa mémoire sont entièrement révélateurs: il a peint le plafond de l'opéra Garnier à Paris et a donné une touche de fraîcheur à ce bâtiment édifié sous Napoléon III ou encore l'une des dernières expositions du musée de la Piscine à Roubaix lui était consacrée sortant des tiroirs ses formidables tenues de scène pour les ballets russes. Le musée Marc Chagall de Nice reste néanmoins la concrétisation de cette affection pour notre pays. 

Il faut savoir que lorsqu'il quitte la Russie ou plutôt la Biélorussie (même si celle-ci est englobée dans l'URSS), Chagall est coincé dans un contexte troublé: les pogroms anti juifs s'y succèdent dans les années 1920, nombreux d'entre eux s'enfuyant sur la terre d'accueil américaine qui a alors besoin de bras. Il atterit donc aux Etats-Unis et voyage aussi en France. Il sera aussi très affecté par le sort réservé aux Juifs lors de la Seconde guerre mondiale. Même si on l'a classé parfois dans les peintres surréalistes car il transpose nombre de ses rêves en peinture, c'est ici sur son côté religieux que le musée insiste. Il est d'ailleurs baptisé "Musée national message biblique Marc Chagall". Le musée suit un itinéraire précis où Marc Chagall retrace tous les grands épisodes de l'Ancien testament, livre ô combien symbolique pour les fervents juifs. Ainsi l'Exode, la Genèse et le Cantique des Cantiques y sont représentés à travers différents épisodes dans des couleurs toujours très vives et éclatantes. Mon regard a été très attiré par les gouaches qui semblent tout justes peintes. Suivre un véritable itinéraire cohérent et narratif fut un pur bonheur lors de cette visite, d'autant que l'audio guide est bien conçu. Autre argument de choc: musée et audio guide sont gratuits donc ne vous en privez pas. On atteint Marc Chagall en plein coeur, fouillant dans ses émotions et en y extirpant une foi jamais rompue. Pourquoi ce choix de Nice? Je n'en ai jamais trouvé la raison car même si Nice est une ville russe, la cathédrale orthodoxe ne rejoint pas la religion à laquelle aspire Chagall. C'est aussi dans un îlot de fraîcheur bien à l'écart de la plage et des touristes qu'est nichée cette petite merveille tel un oasis culturel. Admirez y aussi les vitraux peints par le Maître qui redonnent une fougue sans précédent à cet art qu'on relègue trop souvent à la période médiévale. Chagall fait revivre le folklore et son bleu est d'un éclat émotionnel. Quand Chagall se raconte ou raconte ses aspirations, il ne semble jamais le faire avec arrogance, contrairement à un certain Dali pour ne citer que lui. Une grande salle cinéma retrace certaines interviews fort intéressantes et qui captent sa pensée. Ce musée est le point de départ si vous vous intéressez à l'artiste et suscitera sûrement l'envie d'en savoir plus. Mais attention, cela vous emménera encore promener à travers le monde.

 

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