Les églises, et encore plus les cathédrales, sont des endroits souvent privilégiés dès lors qu'une ville a décidé de fêter son patrimoine en lumières. La France ne manque pas de cathédrales gothiques, le Nord du pays ayant lancé le mouvement aux alentours du XIIe siècle, concurrençant l'art roman qui se maintenait toutefois dans de nombreuses contrées. Parmi les plus belles d'entre elles, celle d'Amiens bénéficie d'un son et lumières assez exceptionnel.

 

PC180393 (2)

 

 

PC180422

Il est 19h00. La nuit est déjà tombée depuis plus d'une heure car nous sommes en décembre. Sur la place qui donne plus de grandeur à la cathédrale, les gens commencent à greloter, emmitouflés dans leur grosse doudoune et une écharpe autour du cou. Amiens s'anime à Noël avec son marché mais les touristes d'un jour ne manqueront pas le spectacle et désertent les étals des vendeurs de vins chauds et des artisans du coin. Mais pas tous car je n'ai pas l'impression que tout le monde soit au courant. Le spectacle commence enfin avec un peu de retard. On nous raconte l'histoire de la cathédrale avec une grande poésie ou plutôt les scènes qui sont sur les tympans de la façade occidentale. Au départ, ce sont de fins traits de lumière qui suivent les courbes et les lignes de la bâtisse. Puis, c'est dans une pétillante palette de couleurs que nous apparaissent les tympas, d'abord le central où le Jugement dernier figure sur le linteau afin de bien éduquer les fidèles sur la vie qu'ils devaient mener et le chemin qu'ils prendraient après la mort. N'oublions pas qu'à l'époque, l'espérance de vie était de 30 ans à peine et que croire qu'il existait un monde au delà de notre existence sur Terre pouvait rassurer. Ainsi, les images des pécheurs avalés par la Bête en enfer effrayaient. Sur le trumeau, c'est-à-dire en dessous du linteau, on voit la Vierge Marie qui trône avec assurance. Pas étonnant car la plupart des cathédrales ont pour nom Notre Dame et lui sont dédiées. Mais plutôt que les histoires qu'elles racontent (bien différentes d'une cathédrale à l'autre contrairement à ce qu'on pourrait croire), ces couleurs chatoyantes débordant sur le kitsh nous permettent de nous replonger vraiment dans le passé. Car ce spectacle en couleurs veut faire revivre l'histoire. Une histoire médiévale colorée. Tout était peint comme les temples grecs autrefois mais les aléas du temps ont tout effacé. Il est temps d'en finir avec l'idée d'un Moyen Age qui n'aimait pas la couleur. C'est tout le contraire. Si le rouge, le bleu, le vert, le jaune ... apparaissent ici, c'est parce que des chercheurs ont retrouvé des couches très fines de polychromie ici et là. Dans cette époque qui commence à partir du XIIe siècle, même les colonnes qui soutiennent la cathédrale à l'intérieur sont peintes. Le clergé qui officie porte des vêtements hauts en couleur et même les pauvres gens car oui, eux aussi, portent des couleurs dont la teinte était de moins bonne qualité et qui se délavait. C'est ce qui m'a le plus fasciné dans ce voyage dans le temps à Amiens: la lumière est ici un stratagème qui remet à l'honneur une période polychrome.

 

BON A SAVOIR:

La cathédrale n'est pas illuminée toute l'année. Pour la voir, c'est tous les jours en juin à 22h45, en juillet à 22h30, en août à 22h00, en septembre à 21h45 et en décembre à 19h00.