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Evénements du parc Gezi en 2014, putsch et attentats cette année. Si l'on en croit les médias, Istanbul serait une ville qui fait peur. Or c'est l'une des villes d'Europe (car oui géographiquement, c'est bien là qu'elle se situe) les plus dynamiques, opérant une métamorphose qui atteindra son point culminant en 2023, date du centenaire de la fondation de la république turque. Au carrefour des mondes depuis l'Antiquité, empruntant 3 noms différents depuis sa fondation par Constantin, Constantinople et Byzance semblent avoir disparu du paysage stambouliote pour ne retenir que la période faste ottomane. Mais si on gratte bien, la splendeur de ces temps passés n'a pas complétement disparu du poumon économique turc.

 

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En 1453, le monde chrétien allait trembler. Même si les Catholiques n'étaient pas en odeur de sainteté avec les chrétiens orthodoxes dont la capitale était Constantinople, ils n'auraient jamais pensé que les Ottomans, alors encore peu étendus il y a un siècle prendraient cette ville carrefour entre l'Orient et l'Occident. Mehmet II l'a fait et la ville fut ravagée. Seulement, comprenant tout le potentiel de cette nouvelle acquisition, il décida de faire un appel aux nombreux habitants de l'empire ottoman afin de repeupler ce qui sera plus tard la capitale de l'empire, Edirne et Bursa dans le coin ayant aussi eu cette chance. C'est ainsi que des Musulmans mais aussi des Chrétiens, en particulier des Grecs orthodoxes, et des Juifs séfarades chassés par les Espagnols après la chute de Grenade en 1492 formèrent les nouveaux habitants de cette méga cité. Par la suite, d'autres sultans dont le célèbre Soliman le Magnifique allaient encore donner plus de noblesse à la ville. Les marchands italiens catholiques de Gênes et de Venise s'installèrent dans le quartier de Galata dans la rive nord de la Corne d'or tandis que François Ier ayant mené alliance avec le sultan contre son rival Charles Quint permit grâce au traité des capitulations aux marchands français de venir s'y enrichir. Bien que synagogues et églises tapissaient le paysage, c'était bien les mosquées qui dominaient la vue de par les minarets. L'exemple le plus célèbre est celui de la basilique Sainte Sophie construite sous Justinien quand c'était encore l'empire byzantin, à laquelle on flanqua un minaret puis deux, puis trois, puis quatre. L'islam remplaçait peu à peu le christiannisme dans une terre de tolérance bien que les non musulmans étaient considérés comme dhimmis et devaient s'acquitter d'un impôt pour pouvoir y vivre. C'est ce passé que la mairie d'Istanbul ,contrôlée à distance par Monsieur Erdogan, ancien maire de la ville, veut mettre en avant. Bien que la basilique Sainte Sophie ne soit plus une mosquée et devenue un musée, les autres moments forts d'Istanbul à visiter sont le palais de Topkapi, la mosquée bleue et la mosquée de Soliman, des bâtiments nés aux grandes heures de l'empire ottoman. Il y a quelques années, le musée panorama 1453 a ouvert ses portes et ne semble avoir qu'un seul but: mettre en avant les racines ottomanes de la Turquie. Une mosquée est aujourd'hui en construction et devrait être visible dans toute la ville puisque inscrite sur une colline. Cette folie de monsieur Erdogan qui ne semble pas vouloir écouter le caractère illégal de cette construction renoue avec l'architecture de Sinan, le grand architecte de Soliman le Magnifique ... Quand on crée de nouveaux bâtiments, il est inévitable de détruite certaines couches du passé et dans le cas d'Istanbul, c'est surtout l'empire byzantin qui est martyrisé.

 

 

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Si je m'intéresse à Istanbul ce mois-ci, c'est parce qu'elle cache des trésors et parce que l'empire byzantin mais aussi romain sont encore présents dans la ville. Très facilement, on capturera avec son appareil photo les magnifiques mosaïques dorées de la basilique Sainte Sophie. Elle avaient été recouvertes d'un badigeon par les Ottomans car la religion musulmane interdit la représentation des hommes. Aujourd'hui, elles ont retrouvé tout leur éclat et sont avec la coupole le clou du spectacle de ce lieu sensationnel. Plus loin dans la ville, à l'ouest, subsiste une des églises byzantines les plus belles: Saint Sauveur in chora. Là encore, les mosaïques et les fresques sont typiquement byzantines et on replonge dans l'Istanbul d'avant 1453. Quant à l'empire romain, il a laissé des murailles même si celles-ci sont malheureusement négligées. 

 

 

 

 Istanbul n'a donc pas commencé son oeuvre en 1453 et même si aujourd'hui les dirigeants turcs semblent l'oublier. Aller dans cette ville, c'est marcher et pénétrer dans certains des lieux religieux les plus beaux de notre planète pour rappeler que l'islam et la chrétienté ont pu faire corps. Et par ces temps troublés, on en a bien besoin.