Il avait quand même de bons goûts notre ancien président Jacques Chirac. Même s'il n'arrivait plus bien à marcher la dernière fois qu'il s'y est rendu, notre ancien du RPR a eu la bonne idée d'inaugurer ce musée comme Pompidou a eu son centre et François Mitterrand sa BNF et sa pyramide du Louvre. C'est un musée ici plein de couleurs qui apporte un regard chouette sur le monde et qui nous donne envie de tout chipper pour aller danser au carnaval.

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Traversez sans peine la forêt du quai Branly

Pourquoi dans le top 10? Quand les cultures du monde apparaissent à la lumière

On ne sait pas ce qu'on va voir derrière le mur végétal. Ce qu'on sait en revanche, c'est qu'avec le musée du Quai Branly, on va en prendre plein les mirettes et que l'art classique peut faire coucouche panier. Il ne s'agit pas ici d'artistes célèbres qui sont sur toutes les lèvres mais d'anonymes qui le sont autant que leur civilisation. C'est un musée d'ethnologie où les arts primitifs de civilisations lointaines (plutôt dans l'espace que dans le temps) sont tapies dans la pénombre avant d'illuminer vos yeux. Picasso avait déjà étudié cette forme d'art qui l'a occupé un petit moment.

Le monde sous verre

Les collections sont riches et la muséographie est plutôt bien pensée quoiqu'un peu sombre à certains endroits. Elle se répartit par aires géographiques et si vous suivez le parcours, vous commencerez en Océanie, des peuples forgés par la mer avec leurs barques qui ne servent pas qu'à naviguer, jusqu'en Amérique du Sud où se dresseront des totems sur lesquels sont figurés des animaux au regard accusateur et qui vous filent grave les pétoches. Ce qui est intéressant, c'est d'être surpris à remarquer la datation. On aurait tendance à inventer un Moyen Age exotique, période qui ne veut rien dire en dehors de l'Europe, mais on voit vite que les objets exposés devant nous datent de notre siècle ou du précédent et certains sont encore d'usages dans leur société. Des enfilades de surprise: des masques géants de Papouasie Nouvelle Guinée fixés sur les murs des maisons de chaume et qui ont pour but de protéger (c'est vrai que si j'étais un mauvais esprit, ils m'effraieraient), des instruments de musique parqués sous des vitres (le musée en compte 8500 quand même), des théâtres d'ombre chinois ou japonais, des peintures du Moyen Orient, des costumes de carnaval pour l'Amérique du Sud ou encore des totems géants ... On se demande comment le monde peut puiser tant d'inspiration et notre vision occidentale des choses se met peu à peu à subir un big bang intellectuel et on ressort de là en se demandant si le monde est réellement ce que nous vivons. C'est instructif et l'ayant visité plusieurs fois, je vous conseille de bien faire une ou deux aires géographiques et d'y revenir plus tard pour mieux apprécier les choses.

Oh excusez moi, je ne voulais pas vous interrompre

Les collections permanentes sont certes extraordinairement originales mais les expositions temporaires valent également leur pesant d'or. C'est surement celui-ci qui me donne le plus envie d'y retourner grâce à ses événements, alors qu'on sait ô combien Paris accueille de superbes expositions. Ainsi, le musée a revisité le mythe de Tarzan à travers l'histoire ou a tourné son projecteur sur les Aborigènes d'Australie montrant la vivacité et l'utilité de leurs peintures qui sont des cartes mentales qui ne nous sont pas du tout familières. Je regrette de ne pas m'être rendu à celle sur Teotihuacan, cité aztèque dont tous les mystères sont loin d'être résolus ou celle sur les cheveux, une partie de notre corps qui peut sembler anecdotique mais qui en dit beaucoup sur notre personnalité ou sur l'identité d'une civilisation qu'elle soit historique ou géographique. Nous ne savons plus bien si c'est de l'histoire, de la géographie, de la sociologie, de l'ethnologie car nous sommes ici hors de notre temps, de notre espace, de nos représentations. Pourquoi ne pas l'avoir appelé le musée de l'exotisme?

L'Inca et le Conquistador

L'Inca et le conquistador: une exposition à ne pas manquer jusqu'au 20 septembre

Bon à savoir:

- Musée gratuit pour tous les ressortissants de 18-25 ans de l'Union européenne et pour les professeurs

- De nouvelles expositions temporaires se tiennent en ce moment, particulièrement alléchantes. Celle sur "L'Inca et le conquistador", en premier lieu. Moi qui connais bien l'histoire de Cortès et des Aztèques, je connais moins l'histoire de ces Incas qui ont découvert Francesco Pizarro, alors envoyé de Charles Quint. C'est l'occasion de voir comment se perçoivent les deux peuples, d'étudier les chefs des deux camps et de se poser des questions sur les sociétés métissées. Elle se tient jusqu'au 20 septembre. L'autre s'arrête le 18 octobre devrait toucher encore plus de monde puisqu'elle s'intitule "Tatoueurs, tatoués" et se penche sur les sources du tatouage et sur ses perceptions très différentes d'une société à l'autre.