De l'autre côté de la Seine, j'observe au loin deux grosses horloges flanquées sur un bâtiment robuste. Avec mes amis, nous nous creusons la tête pour l'identifier et à ce jeu là, c'est bien plus facile avec Notre Dame de Paris, le Grand Palais ou la Tour Eiffel. Comme Tintin prononçant son célèbre "Eureka", je me souviens qu'avant d'être le musée d'Orsay, il y avait là une gare. A partir de ce moment, les souvenirs me reviennent.

 

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Eureka, c'est le musée d'Orsay

 

Pourquoi dans le top 10? Une formidable réhabilitation

C'est l'une des plus belles transformations: un musée en gare. Aujourd'hui, c'est commun et en 1986, ça l'était aussi mais on est toujours impressionné par cet adage: "Rien ne se perd, tout se transforme". Nous avons encore nos yeux rivés sur nos horloges comme si on ne devait pas louper notre train. Seulement, je dois casser un peu le mythe. Orsay était autre chose avant d'être un musée mais aussi autre chose avant d'être une gare. C'était un palais réservé à l'administration d'Etat avant que celui-ci ne prenne feu. L'incendie ayant ravagé les lieux. C'est la compagnie des chemins de fer d'Orléans qui met le grappin dessus et décide de se jeter sur l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 pour nous sortir une gare bien clinquante car on est quand même à proximité du Louvre et des Tuileries. D'ailleurs, de l'extérieur, on ne dirait pas une gare d'où mon questionnement de l'autre côté de la Seine. Victor Laloux, l'architecte a bien sûr réutilisé les matériaux de cette période industrielle, à savoir verre et acier tout en cachant cette structure monumentale par une façade inspirée de celle de Louvre. N'oublions pas que nous sommes à une période où recycler les styles d'antan est à la mode comme nous redécouvrons les trucs rétros aujourd'hui. Prestigieuse, elle accueille 200 trains par jour, trafic intense. Cependant, les chemins de fer se mettent à l'électricité et les trains sont plus rapides mais aussi plus longs. Dès lors, les quais de gare d'Orsay n'ont plus la taille requise pour continuer les trajets à grandes lignes et ne se repose plus finalement que sur des trajets de banlieue. C'est tour à tour l'endroit idéal pour tourner des films ou organiser des fêtes mais en 1986, on réhausse son prestige en décidant qu'il accueillerait les collections artistiques de la ville de 1848 à 1914. Le musée devient donc un entre deux chronologique entre le musée du Louvre et le Centre Georges Pompidou.

 

Avant 200 trains par jour, aujourd'hui des milliers de touristes

Cette période ne constitue en aucun cas un hiatus dans l'histoire de l'art et ce n'est pas parce qu'elle ne concerne "que 66 ans" dans l'histoire de l'art qu'elle ne foisonne pas de richesses. Bien au contraire. En gros, ça se situe quelques années après La Liberté guidant le peuple même si le musée acceuille des sections romantiques et du Eugène Delacroix. Je ne vous ferai pas le détail des oeuvres et j'ai décidé de n'en analyser aucune car laquelle choisir? comment pourrait-elle tenir en 1/4 d'article. Mais sachez que vous aurez rendez vous avec Claude Monet, chef de file de l'impressionisme, que vous pourrez prendre un Déjeuner sur l'herbe grâce à Edouard Manet, que vous admirerez des Danseuses virevolter avec la touche de tendresse d'Edgar Degas, que vous vivrez la solitude de Van Gogh dans La Chambre de Van Gogh à Arles, que vous assisterez avec un grand réalisme aux travaux des Raboteurs de parquet de Caillebote ou à Un enterrement à Ornans où Gustave Courbet nous peint avec majesté cet événement grave. Enfin, vous voyagerez avec les Femmes de Tahiti grâce au talent de Paul Gauguin. Quant à Henri de Toulouse Lautrec, il n'a aucune honte à vous dépeindre la vie des prostituées de Paname. Il faut vraiment être difficile pour ne rien aimer dans cet océan de peinture tellement les styles divergent les uns des autres et que beaucoup de ces artistes ont une empreinte très marquée, parfois sombre, parfois haute en couleur, parfois colorée mais triste ou même exotique. N'oubliez pas que le musée, c'est aussi une superbe collection d'objets art nouveau et d'un ensemble de photographie conséquents dont des clichés de Nadar. Je vous laisse désormais vous perdre dans ces quais disparus pour vaquer à vos rêveries. Il est temps d'oublier les horloges au dessus de vos têtes.

Déjeuner sur l'herbe avec Edouard Manet