C'est en regardant la suite du "Silence des agneaux", "Hannibal" que m'est venue l'idée de vous raconter le triste sort d'un noble de Florence issu de la famille Pazzi qui avait tenté de comploter. Dans ce film, Hannibal Lecter réservait le même sort à l'inspecteur de police que son ancêtre Francesco di Pazzi. C'est une histoire à couper le souffle, au sens propre.

J'ai un complot qui trotte dans ma caboche (Francesco de Pazzi)

L'histoire aura surtout retenu le nom de la famille Médicis qui a mené Florence d'une main de maître. Ces banquiers qui ont fait fortune avec le commerce de la laine ne doivent pas faire oublier l'existence d'autres familles nobles qui se battaient elles aussi pour le pouvoir et qui espéraient écarter les Médicis qui finalement ne s'étaient constitués une fortune que très tard par rapport à d'autres, au XIIIe siècle. Parmi elles, les Pazzi. Aujourd'hui, je vous conterai un complot mais cela n'a rien d'inhabituel à Florence, ville de la Renaissance et dont le pouvoir rend fou les nobles qui veulent leur part du gâteau. Les Pazzi étaient une famille d'aristocratie bien plus ancienne que leurs rivaux car ils étaient déjà de grands propriétaires terriens au XIe siècle. On raconte même qu'un de leurs ancêtres, Pazzino de Pazzi, serait le premier à être rentré dans Jérusalem en escaladant ses murs en 1099 lors de la première croisade et qu'il aurait ramené des reliques. Ses reliques sont en fait 3 fragments de pierre qui viendraient du Saint Sépulcre et qu'on conserve toujours à Florence. Cet épisode ne s'est pas évaporé dans le temps et aujourd'hui, on fête l'explosion du char car avant on frottait ces trois pierres pour obtenir un feu. Ces feux sont aujourd'hui artificiels mais le Scoppio del Carro est toujours un grand événement à Pâques. Peu importe que l'événement soit réel ou fantasmé car la mémoire à la vie longue. Dès lors, la famille accumule les fortunes notamment en se lançant dans la finance car non les Médicis n'étaient pas les seuls grands banquiers de Florence. Au XVe siècle, Andrea Pazzi a même commandé une chapelle dans la basilique Santa Croce de Florence à Brunelleschi, celui à qui on doit la magnifique coupole du Duomo. On ne pouvait rêver mieux comme artiste florentin à l'époque.

 

Cependant, le problème est là. Ces Pazzi, qui se considèrent comme bien plus aristocrates que ces parvenus de Médicis au XVe siècle (qui sont quand même fortunés depuis 200 ans) ne peuvent accepter la main mise de ces derniers sur la république de Florence. N'entendons pas le mot république comme notre sens actuel. Même si ce n'est pas un seigneur qui gouverne Florence, ce sont les familles les plus nobles qui la dirigent et sans qu'aucun d'eux ne soit élu par le peuple. Sans entrer dans les détails de leur expansion, les Médicis sont ceux qui ont le plus d'influence dans cette ville où les trahisons étaient légion. Les Pazzi fomentèrent donc un coup d'état pour s'emparer du pouvoir dont ils pensaient qu'ils devaient leur revenir de droit. L'un d'eux, fut beaucoup plus actif que les autres: Francesco de Pazzi. Son but était tout simplement d'éliminer les deux frères Médicis de l'époque qui régnaient sur Florence: Julien et Laurent le Magnifique. Il obtint d'ailleurs le soutien du pape Sixte IV qui voulait installer son neveu sur des terres florentines, ce que refusait les Médicis qui ne souhaitaient pas que ce neveu aux moeurs légères leur fasse de l'ombre. 

 

Au départ, on avait pensé à les empoisonner lors d'un banquet qui se tenait pour célébrer l'accession au cardinalat du neveu de Sixte IV (c'était monnaie courante à l'époque que les neveux prennent la suite de leurs oncles et on appelait cela le népotisme). Ce banquet était organisé dans une villa des Médicis à Fiesole, proche de Florence, et les Pazzi ont pu être invités car l'une des soeurs Médicis, Bianca, venait d'épouser un membre de la famille Pazzi. Seulement, Julien ne se sentait pas bien et ne vint pas au banquet. Il fallut donc repousser le coup d'état à plus tard.

 

Le jour de Pâques 1478 apporta enfin l'occasion qu'attendaient les Pazzi avec impatience. Lors de la messe dans le Duomo de Florence, ils assassinèrent Julien mais Laurent le Magnifique réussit à s'enfuir. J'avais raconté cette histoire plus en détails dans un autre article d'Un lieu/ une histoire (vous pouvez cliquez ici pour le lire) et je vous en avais promis la suite. Je vous avais dit que la foule avait pris parti pour les deux frères et je m'étais arrêté là. Jacoppo de Pazzi était persuadé que le peuple le saluerait et se rendit à la place de la Seigneurie mais il découvrit tout le contraire et sentit que ça craignait du boudin pour sa peau. Dès lors, Laurent le Magnifique s'assura qu'il avait bien le soutien du peuple et dès qu'il le vérifia, une véritable chasse aux Pazzi fut lancée et elle fut sanguinaire. Francesco de Pazzi, considéré comme le cerveau de l'opération, connut le sort qu'on peut voir dans le film Hannibal Lecter. On l'emmena au Palazzo Vecchio, le centre politique de la république, fut pendu, nu, à une fenêtre du palais (fut-il envêtré comme dans Hannibal?). En plus de punir, on humiliait et le peuple en était ravi. Jacoppo de Pazzi fut quant à lui assassiné dans des circonstances obscures mais son corps fut jeté dans l'Arno. Bernardo Bandini qui tenta de s'exiler vers Constantinople mais fut rattrapé, jugé, mis à mort et servi de planche d'anatomie à ... Léonard de Vinci. Les autres furent exilés ou assassinés. Bref, Laurent de Médicis, qu'on voulait éliminer renforça son pouvoir sur la ville et élimina ses rivaux. Désormais, les membres du Palazzo Vecchio étaient nommés par lui. Mais heureusement, ni les Médicis, ni les Pazzi ne croisèrent sur leur chemin le terrible Lecter.

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Le Palazzo Vecchio, lieu de pendaison