Lorsqu'on évoque la Cappadoce, on pense inévitablement aux cheminées de fées survolées par la nuée de montgolfières au lever du jour. On s'extasie devant les paysages des vallées, se laissant guider par les chemins de randonnée courts, faciles et surtout mémorables, toujours accompagné d'une lampe torche au cas où on retomberait sur une énième église troglodyte. La Cappadoce vient de déterrer un patrimoine aussi inattendu qu'impressionnant: une galerie de cités souterraines qui s'étendent sur des centaines de kilomètres.

 

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Autant chercher une cité cachée derrière une meule de pierre

 

Pourquoi dans le top 10? Une autre façon de voir la Cappadoce

Alors qu'on a longtemps cherché la beauté dans les grottes percées en plein jour, on n'avait pas pensé que les souterrains de la région pouvaient être l'abri de cités mystères. Bientôt, peut-être que les noms de Derinkuyu ou Kaymakli viendront se placer avant ceux de Göreme ou de la vallée des Pigeons sur les guides de voyage dédiés à la Cappadoce. Nous n'en sommes pas encore là mais de plus en plus de touristes sont attirés par ces abris étranges.

La Cappadoce est au beau milieu de la Turquie et ce n'est pas forcément un avantage car elle est au centre des conflits et les envahisseurs la traversent constamment entre le VI et le Xe siècles, c'est pourquoi les habitants ont décidé de se mettre à l'abri sous terre tout simplement. Mais ne croyez pas qu'ils y restraient 2 ou 3 semaines. Cela pouvait être beaucoup plus long et même idéal en cas d'hiver rude. Ce sont donc des villes qui sont reconstituées à ces endroits avec tout le nécessaire: des entrepôts pour les marchandises, des étables, des pièces d'habitation et même des églises car ne l'oublions pas, la Turquie a été longtemps chrétienne (Istanbul n'avait-elle pas pris le nom autrefois de Constantinople en référence à Constantin, le premier empereur romain chrétien?). Des milliers de personnes pouvaient vivre dans ces villes sombres, 10 000 pour Derinkuyu par exemple. Regardez bien sur les parois où les niches sont creusées, servant tout simplement à y déposer les lampes à huile. Ces cités n'étaient pas conçues dans le pire désordre. Pour faire passer l'air, ces villes s'étaient dotées de cheminées d'aération atteignant 40 mètres pour Derinkuyu que j'ai visitée avec un impressionnant puits de 80 mètres de profondeur. On remarque aussi les grosses meules de pierre qu'on imagine très lourdes et qui servaient à bloquer les entrées en cas d'attaque. Ces systèmes de protection se trouvent aussi dans les monuments troglodytes à la surface. C'est ce réseau de tunnel qui a permis aux Hittites (peuple ayant vécu en Anatolie au IIe millénaire avant JC) de se protéger, aux chrétiens de l'Empire romain et aux populations envahies par les Omeyyades et les Abbassides de continuer à vivre "tranquillement" tout en confectionnant le vin dans les cuves et continuer à prier dans les églises. Et dire que c'est à coup de pioches et de labour dans les années 1960 qu'on est retombé sur ce patrimoine enfoui.

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80 mètres de profondeur

 

Bon à savoir:

- il n'est pas nécessaire de visiter beaucoup de ces cités. Une seule suffira car elles se ressemblent toutes.

- Ne soyez pas claustrophobe car c'est assez étroit à l'intérieur et prévoyez des vêtements chauds même en été.

- J'ai pour ma part visité la cité de Derinkuyu qui se monnaye 15 livres turques (environ 5 euros)

- Malheureusement, les cars de touristes ont déjà envahi ces lieux.