Beaucoup de gens semblent l'oublier voire méconnaissent cet aspect de l'histoire de la peinture mais bien avant les artistes super géniaux de la Renaissance italienne, il y a eu ces artistes super géniaux qu'on appelait les primitifs flamands. Pour certains d'entre eux, ils se vendaient d'ailleurs aussi bien que leurs homologues italiens. C'est pourquoi tous les fans du Quattrocento trouveront leur bonheur à Bruges en payant leur billet d'entrée pour le musée Groeninge.

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Le Jugement de Cambyse, Gérard David, un des chefs d'oeuvre du musée Groeninge

 

Pourquoi dans le top 3? Pour les primitifs flamands

Déjà avant le XVe siècle, les peintres flamands étaient renommés. Ils maniaient comme personne l'art de la miniature, c'est-à-dire les peintures de petite dimension. Mais alors qu'on ne cesse de célébrer à tout va les peintres de la Renaissance italienne dans les manuels d'histoire, on écarte les chefs d'oeuvre des Flamands et des Allemands. Certes, ce n'est finalement pas Jan Van Eyck qui a inventé la peinture à l'huile comme on l'a dit souvent mais il a largement contribué à influencer la peinture européenne de son siècle. Ces peintres n'avaient qu'une envie à l'heure de l'Humanisme: croquer la réalité en coups de pinceaux et nous admirons encore les couleurs lumineuses et les magnifiques perspectives atmosphériques (c'est-à-dire que plus on s'éloigne, plus la profondeur du tableau se teinte des couleurs du ciel) que se sont réappropriés les Italiens. Le musée Groeninge est une ode à tous ces peintres réalistes voire comiques à certaines heures.

On n'oublie pas le plus grand des plus grands Jan Van Eyck. Certes, si ses deux plus grandes oeuvres, l'Agneau mystique et Les Epoux Arnolfini (en effet, de grands bourgeois italiens ont quitté leur terre natale pour s'installer à Bruges) sont absentes du musée car respectivement posées sur les murs de la cathédrale Saint Bavon de Gand pour le premier et sur ceux de la National Gallery de Londres pour le second, on ne boude pas son plaisir devant les oeuvres du maître qui y sont exposées. La Vierge du chanoine Van der Paele est une oeuvre qui balaye la beauté, l'une des caractéristiques de plusieurs peintres flamands. En effet, même si la Vierge est radieuse de par les couleurs chatoyantes qu'elle arbore, on ne fait aucun cadeau au portrait peu flatteur du chanoine. Le menton ploie sous le poids des rides, la vieillesse ayant ravagé le clerc accablé d'une verrue. Peindre le monde tel qu'il est même dans un sujet mi religieux. Dans ce portrait inséré dans un tableau plus grand, il s'agissait de rendre hommage à cet homme qui a payé le peintre. Ce tableau devait d'ailleurs figurer comme épitaphe dans l'église où il devait être inhumé, l'église Saint Donatien qui je vous le rappelle a disparu aujourd'hui. L'autre oeuvre de Van Eyck dont se targue le musée Groeninge est le Portrait de Marguerite Van Eyck. Vous avez vite déduit qu'il s'agissait de sa femme. Ce tableau est intéressant car il montre à quoi ressemblaient les bourgeois de l'époque et leurs valeurs. A ce propos, il est utile de rappeler que Van Eyck est un cas rare et que tous les artistes qui se sont essayés à la peinture à Bruges n'ont pas connu la même gloire. Des mystères rodent autour du tableau. On dit qu'il a été retrouvé dans un marché au poisson au XXe siècle. Même si la véracité de l'anecdote est encore à prouver, cette mini légende met en exergue le fait qu'on a longtemps tourné le dos à la peinture flamande dépréciée à cause de celle venue de la botte. D'autres disent aussi qu'il s'agit d'un pendant. En effet, à l'époque, on exécute souvent 2 portraits qui doivent être accrochés côte à côte représentant un couple. On présume qu'il devait être placé dans la maison du peintre (car il s'agissait bien là d'un tableau à caractère personnel et non mis en vente) à côté de son autoportrait présumé de la National Gallery.

 

Le maître Van Eyck

Le musée est aussi l'occasion de croiser à nouveau sur notre chemin Hans Memling dont nous avions fait la connaissance à l'hôpital Saint Jean (voir article ici). Les sujets changent un peu de ceux de Van Eyck. Dans le Tryptique Moreel destiné aux époux Moreel, les commanditaires, on aurait des difficultés à la confondre avec un peintre italien de la Renaissance. En effet, alors qu'eux adoraient le respect des proportions, Memling n'en a que faire. Mais il manie toujours aussi bien l'art du tryptique. D'autres primitifs flamands sont exposés tels Jérome Bosch ou Gérard David. Le Jugement dernier de Jérome Bosch est surement l'oeuvre que j'ai préférée dans le musée mais qui ne sera pas du goût de tout le monde. Elle aurait pu être recevable du temps des surréalistes. J'ai même du mal à croire que cet hallucinant tryptique ait été accepté par l'Eglise avec tous ces corps nus (même si Adam et Eve doivent bien l'être), les anges chassés du paradis qui se transforment en insectes. Le tableau est infesté de créatures malfaisantes dans un monde apocalyptique où dans une bulle bleutée le Christ, Marie et ses élus sont protégés. Il y a d'autres époques relatées dans ce musée mais j'avoue avoir passé beaucoup de temps à scruter les détails de nos chers primitifs que je ne suis pas allé bien loin. 

L'hallucinant Jugement dernier de Jérome Bosch

Tarifs et horaires:

- Adultes: 8 euros

- Jeunes de moins de 25 ans/ + de 65 ans: 6 euros

- Enfants jusqu'à 11 ans: Gratuit

- Ouvert du mardi au dimande de 9h30 à 17h00. La dernière entrée se fait à 16h30. Fermé le 25 décembre, le 1er janvier et le jeudi de l'Ascension.