Il n'y a ici qu'un objet majeur dans ce musée sur lequel tout repose. Le Vasa est un géant des mers d'une extraordinaire conservation, peut-être aussi parce qu'il a échoué non loin des côtes, 20 minutes seulement après avoir jeté l'ancre. Ce qui est moins extraordinaire est la déception de Gustave Vasa, grand souverain de Suède qui avait l'ambition de rivaliser avec les grandes puissances européennes de l'époque, s'étant même allié avec la France catholique durant la guerre de Trente ans alors que la Suède était protestante. Mais la guerre noue des alliances souvent improbables. Le roi envisageait alors d'étendre son influence sur la mer Baltique et brisait les avancées des Polonais et du Saint empire romain germanique. L'emprise fut vaine mais aucun autre roi de Suède n'aura un tel éclat sur le Vieux continent. Pour un moment, la Suède n'allait plus être considérée comme ce pays du froid aussi inintéressant que l'Ecosse ou la Norvège. Aujourd'hui, cet épisode a permis de bâtir un des musées les plus réussis de la Scandinavie et même de l'Europe.

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Un vaisseau de guerre pas très guerrier

Quand on entre dans l'obscurité, l'image d'un bateau flamboyant est encore plus frappante et on se demande s'il n'a pas été recréé de toutes pièces quand on sait qu'il a coulé. En réalité, il faut savoir tout d'abord que les eaux du port de Stockholm sont très peu salées, le sel attaquant le bois et que l'épaisse couche de boue au fond lui a permis de ne pas pourrir. Ensuite, le sauvetage a fait le reste.

 

Un bateau sauvé des eaux

Le Vasa est donc la pièce maîtresse mais aussi celle au tour de laquelle gravite toute la muséographie. D'emblée, pour ceux qui en auraient rêver comme sur celui du capitaine Crochet à Disneyland, vous ne pourrez fouler aucun pied sur cet ancien vaisseau de guerre. Il vous faudra donc tourner autour de ses 69 mètres de long pour apprécier toute la valeur de cet ouvrage en chène. Un ouvrage très impressionnant où le mât atteint 53 mêtres de haut assemblé par 8 558 boulons. Il pouvait transporter un équipage de 145 hommes, 300 soldats, ainsi que 64 canons. Un bateau résolument déterminé à casser la flotte ennemie. En dehors de ses dimensions et de son assemblage, c'est sa décoration flirtant avec le baroque (et ce même s'il n'y a pas d'or) qui nous enchante. Pas moins de 700 sculptures viennent égayer le moyen de transport, faisant penser même si les motifs en sont loin à la culture viking. 700 sculptures mais seulement 3 sculpteurs étrangers. Empereurs romains, soldats, hommes sauvages et animaux sont les thèmes de ces sculptures mais la pièce maîtresse reste la figure de proue représentant un lion tenant une gerbe de blé, symbole de la dynastie Vasa. Il faut savoir qu'à l'instar des églises gothiques dont les sculptures nous apparaissent brutes, celles du bateau étaient également peintes mais les spécialistes ne préfèrent pas y toucher pour le moment débattant encore sur les couleurs d'origine.

 

Mais payer sa place de musée pour ne voir qu'un bateau, est-ce raisonnable? Bien sur que non et les Suédois y ont pensé. De nombreuses salles sont dédiées aux objets et à la vie prévue sur le bateau mais aussi une vidéo qui explique l'histoire du Vasa et pourquoi il a coulé (un prochain Un lieu/une histoire vous révelera ce secret). D'autres salles étudient avec minutie le travail des sculpteurs ou les opérations de sauvetage. Vous pourrez même dans une salle interractive empêcher le Vasa de couler. Ce qui reste aussi, ce sont les squelettes des noyés exposés là comme des témoignages d'une entreprise totalement ratée. C'est ainsi que s'achève notre mois sur Stockholm, une ville bien trempée au milieu des eaux. Comme un paradoxe, ce qu'on lui préfère, c'est un bateau qui reste bien au sec.

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David vous dit "A bientôt à Stockholm"