Il est difficile pour les Allemands de devoir être confrontés à leur histoire. Le monde ne retiendra pas l'empire de Charles Quint, la Réforme de Luther ou encore la réunification allemande en 1871 mais bel et bien le génocide juif à l'initiative d'Hitler, plus encore que le mur de Berlin. Les Allemands se sont longtemps sentis coupables face à cette histoire qu'ils ne renient pas mais affrontent en pleine face, assez courageusement. Le Mémorial aux Juifs le prouvaient déjà mais le musée juif est sans doute la meilleure façon à la fois riche et sobre de montrer qu'on n'oublie pas. On imagine difficilement d'ailleurs qu'un député néo nazi allemand ait fait son entrée au Parlement européen.

museeberlin

Des lignes rompues

 

La tâche pour concevoir cet édifice a du être ardue: sombrer ou non dans le pathos? se battre soi-même? comment ne pas trop minimiser? comment faire pour que les gens se souviennent? Les questions se sont sans doute bousculées dans la tête des concepteurs. Avant de penser au contenu, il fallait penser à la superficie, celle qui allait incarner le devoir de mémoire avant les objets d'histoire. C'est Daniel Libeskind qui est l'auteur de ce projet qui est sorti de terre en 1998. Il n'a pas été choisi pour rien puisque ses parents sont d'origine polonaise et surtout juive mais ils ont eu de la chance si je puis m'exprimer ainsi car ils ont survécu à la Shoah. Cet architecte d'ailleurs semble vivement intéressé dans la conception des édifices dont le but est clairement le devoir de mémoire. En effet, en 2003 à Copenhague, il a conçu le Danish Jewish Museum ou encore le Contemporary Jewish Museum de San Francisco. Enfin, il est célèbre ces dernières années pour avoir été retenu pour la reconstruction du World Trade Center de New York. Ce monsieur a fait le choix d'opter pour des matériaux sobres, pas forcément beaux mais un peu dans l'air du temps des artistes de son époque: le zinc et le béton. C'est vrai qu'en même temps, des dorures ou éléments décoratifs auraient été mal venus. Ensuite, il a intitulé son projet "Between the lines" car le monument est conçu de la manière suivante: 2 lignes morcelées et tortueuses qui laissent parfois place à des vides qui s'entrecroisent comme des liens entre deux peuples qui ne suivent pas une trajectoire linéaire. C'est un symbole brillant qui traduit les relations germano - juive dans l'histoire. De plus, il n'y a aucune porte pour rentrer dans ce monument comme si l'histoire se refermait sur elle-même et que ça ne devait plus jamais se reproduire.

 

musj

 

Ne jamais oublier

 

A l'intérieur, alors qu'on pénètre par un bâtiment annexe, on arrive dans un couloir où des vitrines se succèdent où derrière les biens de familles juives assassinées et même des photos sont à découvert. Aucune explication, juste du malaise car on ne doit pas oublier, souvenez vous. On les voit heureuses ici mais on les imagine vite brisées. Un escalier nous plonge vers le sous-sol pour un voyage dans le temps depuis le Moyen Age où les Juifs étaient déjà ghettoisés, répugnant les autres avec leurs métiers qui touchaient à l'argent. Quand les famines, les épidémies ou autres mauvaises récoltes frappaient les Chrétiens, ils s'en prirent violemment aux Juifs comme la colère de Dieu. On comprend donc vite que l'antisémitisme est une construction bien plus lointaine dans le temps qu'Hitler mais que lui battra tous les records d'atrocité. On en apprend au passage plus sur la culture juive et on voit que de nombreux grands scientifiques sont issus de cette religion. Les dernières salles évoquent le génocide mais c'est comme si on y était préparé, d'abord parce qu'on connaît l'histoire mais aussi parce que le parcours est tellement cohérent et l'histoire était déjà une prophétie en elle-même. Un musée pour comprendre, ne plus se sentir coupable, apprendre mais ne jamais oublier.