Déjà évoqué lors de la galerie nationale (n°9 de ce top), je vous présente ici l'un des musées les plus géniaux d'Oslo, celui qui se penche uniquement sur un artiste, Munch, l'un des plus brillants de sa génération. Avant de présenter le musée et ses oeuvres, penchons nous sur l'un des artistes les plus torturés de sa génération. En même temps, à cette époque, ils le sont un peu tous.

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Mr Munch

Le petit Edvard voit pour la première fois la lumière du jour en 1863 et dès son plus jeune âge, le malheur s'abbat sur lui. Sa mère et sa jeune soeur sont emportées par une maladie. Il sera à jamais touché par cette tragédie. A croire que pour être un bon peintre, il faut se prendre un sale truc dans la gueule. C'est un peu comme les participants des télé réalité à qui il faut absolument inventer une vie pas facile mais là je m'égare. Comme tout bon artiste qui se respecte, il faut rejoindre Paris qui est à l'époque, la ville qui fait les artistes même si Vienne a tenté de la concurrencer. Il s'y installe donc en 1885 et sans encore se révéler totalement, il surfe sur la vague impressioniste qui rompt avec l'académisme. D'ailleurs, Munch est un non académique et on le perçoit au premier coup d'oeil ou de pinceau. D'ailleurs, il en sortira un tableau L'Enfant malade qui atendrissa la critique. Il fait d'ailleurs référence à sa jeune soeur Sophie fauchée par la mort. Ce tableau très réaliste, sombre et profond dévoile les couches de peinture impressionistes. Le jeu sur les couleurs est déjà impressionnant. Il fera pas mal d'aller retour par la France après, revenant en Norvège, faisant un séjour en Allemagne ...

 

L'Enfant malade, hommage à sa soeur

En 1892, à Berlin, il fait scandale avec son exposition. Il décide néanmoins de continuer à vivre dans la capitale allemande pendant un temps. Les vieux artistes académiques voyaient en lui un provocateur et les jeunes s'en délectaient. Ensuite, en 1893, lors d'une autre exposition, ce sont ses oeuvres majeures à l'âge de 30 ans qui sont exposées. Bien sûr, il y a Le Cri, tableau complètement hallucinant dont le musée à une des 5 versions tout comme la galerie nationale de la ville. On peut aussi citer La Frise de la vie, série de tableaux à propos de l'amour, de la mort, de l'obscurité et de l'anxiété. Une visions assez torturée donc. 

 

Une Frise de la vie irréaliste mais expressive

Munch est aussi touché par le socialisme et peint entre 1913 et 1915 le tableau Travailleurs rentrant chez eux, un thème aussi là éloigné de la peinture d'école qui fait penser à du Van Gogh avant l'heure. A partir de 1916, il vit sa vie seule dans la banlieue d'Oslo et durant la dernière partie de sa vie, il peint des paysages dont les couleurs sont fortes, ce qui à mon humble avis ne constitue pas les tableaux les plus intéressants.

 

Travailleurs rentrant chez eux

Munch est un artiste d'envergure, considéré par beaucoup comme le précurseur de l'expressionisme. Et pourtant, quand on se rend sur Wikipédia et qu'on tape le mot "expressionisme", ce sont les tableaux de Van Gogh et autres Otto Dix qui illustrent l'article et aucun de Munch. Pourtant, c'est lui qui très tôt a eu l'idée de ne pas représenter la réalité comme elle est mais comme complétement déformée, le but étant de faire ressortir les expressions et les sentiments. Il est aussi beaucoup influencé par le courant psychanaliste qui fait fureur à l'époque. Les couleurs sont souvent très fortes et éclatantes même dans les noirs. D'ailleurs chez Munch, rien qu'à voir Le Cri, on se rend compte d'une réalité distordue avec des cercles loin d'être parfaits entourant le crieur, appuyant encore plus sur sa solitude. Et que la réalité, que la perspective soit oubliée, les expressions elles sont toujours nettement visible, des expressions souvent desespérées. D'ailleurs, l'expressionnisme sera considéré comme un art dégénéré par Hitler qui le fera tout simplement interdire.

le cri 1910 Les 5 versions de Le Cri dEdvard Munch

 

Le Cri, ça c'est de la peinture expressioniste

Munch est celui qui décida lui même de léguer ses oeuvres à la ville d'Oslo. Voilà pourquoi le musée Munch a vu le jour. La collection est énorme (11 000 toiles, 18 000 estampes, dessins, lettres ...) à tel point que le musée effectue des roulements entre les oeuvres, tout en laissant en permanence Le Cri volé par manque de vigilance en 2004 en même temps que La Madone retrouvé quelques mois plus tard (une histoire que je vous narrai très bientôt). Le musée fut inauguré en 1963 soit 19 ans après la mort du peintre. Il est vraiment intéressant de s'y rendre car la visite n'est pas pesante, ne prend pas des heures et aussi parce que bizarrement, la foule ne s'y presse pas alors qu'il fait partie de mes coups de coeur. C'est ce que j'ai toujous apprécié en visitant une ville: connaître de nouveaux artistes. Ainsi Klimt à Vienne, Gaudi à Barcelone ... Maintenant que vous connaissez Munch, vous n'avez plus aucune raison de ne pas visiter ce musée. Aujourd'hui, dans le quartier de Toyen, le nouveau musée Munch sera inauguré bientôt mais son projet fait polémique. Il devrait être construit sur les rives du fjord d'Oslo dans un bâtiment en verre incliné qui ferait de la concurrence à l'opéra. Pour le moment il y a blocage. Dommage car cette année, c'est le 150e anniversaire de la naissance de l'artiste.

 

Le projet du nouveau musée