Au Moyen Age, ce n'était pas ce qu'on appelle la panacée pour les Juifs. Dès lors où il y avait une mauvaise récolte conduisant à une famine, des catastrophes naturelles ou autre incident fâcheux, les Chrétiens interprétaient cela comme la colère de Dieu et libéraient leurs pulsions violentes contre les Juifs, cibles de choix dans tous ces cas là.

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Le lieu d'un suicide collectif

L'histoire ici se passe en 1190 à York au Royaume-Uni. C'est un incendie qui mit le feu aux poudres. Pas de doute, pour les nobles de la ville, Dieu avait exprimé son mécontentement et il fallait casser du Juif. Benoît et Joce, deux d'entre eux se rendirent vite compte de ce qui se tramait et essayèrent de sauver leur peau. Ils prirent chemin vers la tour de Clifford, érigée sur une butte lorsque Guillaume Le Conquérant vint conquérir l'Angleterre. Ils supplièrent le gardien de les laisser entrer, lui, sa famille et tous les autres Juifs, afin de faire face au fanatisme des habitants de la ville. Dans un élan de bonté, il accepta. Mais lorsqu'il revint, les Juifs refusèrent de lui ouvrir la porte, eux aussi vivant dans un accès de paranoïa. Etre menacé de mort, ça peut rendre méfiant. Le gardien alla donc quérir le shérif qui les somma de déguerpir, ce qu'ils refusèrent. Dès lors, les habitants de la ville s'attroupèrent devant ce bloc de pierres et l'assiégèrent plusieurs jours. Un moine alla même les accompagner et fit des sermons contre les Juifs, encourageant les siens à continuer la lutte. Voyant qu'il les énervait davantage, les rescapés de la tour lui jettèrent un gros bloc de pierre qui l'écrasa. Le moine était devenu une crêpe à force de trop chercher la bagarre. Mais sa mort n'arrangea en rien les choses et la colère s'était nourrie du sacrifice de ce clerc. C'était donc à la barbarie qu'était livrée York. Les Juifs savaient qu'ils finiraient par perdre la bataille et qu'ils seraient punis ou baptisés de force. C'est pour cela que plusieurs prirent la décision de se suicider en brûlant vêtements et biens pour qu'ils ne tombent pas aux mains de leurs infâmes bourreaux. Ils laissèrent la liberté à d'autres de se rendre. Le suicide collectif était en marche. L'un d'eux dut même égorger sa femme avec le couteau d'abattage rituel. Le derniers des 550 survivants, car ils étaient autant regroupés dans la tour de Clifford, se poignarda. Ceux qui décidèrent de rester en vie furent placés entre les mains du shérif qui les envoya à Londres.

Un véritable bain de sang coulait donc sur le sol de York, ce que le roi d'Angleterre condamna gravement, lui qui avait placé les Juifs sous sa protection. Il imposa de lourdes amendes à 52 notables et en bannit certains. Encore un moment douloureux de l'histoire qui aurait pu être évité. C'est dans ce passé médiéval aussi que le génocide juif prend ses racines.