Selon Lonely Planet, c'est une des 10 plus belles places du monde. Tout à fait théâtrale, encore plus le soir quand les éclairages l'illuminent, la place de la vieille ville en raconte encore beaucoup sur l'histoire de la cité praguoise. C'est de là que tout a commencé, la ville mais aussi l'embrasement religieux. Petit tour d'horizon pour ne rien manquer.

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La PLACE de Prague

La première des attractions, celle où se réunissent tous les touristes toutes les heures entre 9h et 21h, est l'horloge astronomique. Lorsque retentit le son de l'heure, les 12 apôtres défilent avec le Christ. Ils sont suivis par les mauvais: la Mort qui rôde, le Turc infidèle mais aussi le Juif. C'est le coq qui de son chant vient clore cette parade. Ces figurines ne sont pas d'origine car sculptées en 1948, celles du XVIIe siècles ayant été détruites ainsi que l'horloge par les nazis. Cette horloge a en tout cas causé bien des tracas car elle resta immobilisée entre 1692 et 1787, soit près d'un siècle, personne ne réussissant à réparer la panne de ce mécanisme complexe.

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Rendez vous toutes les heures

 

Au milieu de la foule, se dresse un mémorial. Il rend gloire à Jean Hus, véritable personnage national qui lança la Réforme à Prague avant Luther. Brûlé en 1415, le réformateur se tient droit et austère, avec un regard confiant en l'avenir qui contraste avec les sculptures désolées à ses pieds. Ce sont des artistes de la Sécession tchèque qui lui rendirent hommage sur cette place et lorsqu'en 1915, pour le 500e anniversaire de sa mort, le monument fut dévoilé. Les autorités autrichiennes avaient peur que ça ne devienne une sorte de pèlerinage du nationalisme tchèque et interdirent donc toute cérémonie, eux qui étaient déjà empêtrés dans la Première guerre mondiale.

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Le réformateur

Enfin, l'Eglise Notre Dame de Tyn est elle aussi un symbole tout autant que la cathédrale Saint Guy mais cette fois-ci sur l'histoire religieuse de la métropole tchèque. D'allure gothique, la Contre Réforme lui donnera bien vite des apparences baroques en ses intérieurs. Pendant longtemps, sur sa façade, la statue du roi hussite, Georges de Podiebrad était ornée d'un calice en or. Le calice était le symbole des utraquistes, inspirés de Jean Hus et donc sévèrement condamnés par l'Eglise même si la tolérance religieuse de Bohême les protégeait. Les utraquistes vivaient l'eaucharistie d'une manière différente puisque le sang du Christ incarné par le vin n'était pas seulement bu par leur prêtre mais aussi par les fidèles. On se fait parfois la guerre pour bien peu de choses. Voilà pourquoi le calice devint l'objet fétiche de ce mouvement. Lors de la reprise de la ville par les Catholiques, on détruit le calice et la statue du roi pour la remplacer par une statue de la Vierge Marie.

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Etre vierge à la place du calice

 

Aujourd'hui encore, la place de la vieille ville est un des points de rendez vous des Praguois comme des touristes où de nombreux restaurants bordent ses 4 côtés. Vous pourrez y déguster de la canne ou de l'oie rôtie, ce que je vous conseille vivement.

 

Il est un personnage qui a fait Prague: Jean Hus (environ 1370 - 1415)

C'est à la porte de la chapelle de Béthléem, QG des prédications de Jean Hus que tout commença. Dans cette petite église gothique de la Vieille ville, on vient écouter les sermons de ce prêtre, alors fils de paysan. Après le règne de Venceslas IV dit l'Ivrogne, la crise économique qui touche le pays et le schisme entre l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident, le peuple avait besoin d'entendre un nouveau message. C'est en la personne de Jean Hus qu'il alla le puiser, celui ci pointant du doigt le mode de vie décadent de l'Eglise ainsi que ses richesses honteuses. Le pape aussi en a pour son grade. Il dénonce les Allemands qui veulent imposer leur culture aux Tchèques et devient vite une figure étendard du nationalisme. Il prône aussi la communion sous les deux espèces pour l'entière égalité entre les clercs et les laïcs. Ainsi, les laïcs pouvaient aussi boire le vin pendant la messe. De là découla le mouvement des utraquistes. Au départ, son message est entendu par le souverain Venceslas IV car le souverain a traduit l'Evangile tchèque et a participé à transformé l'orthographe de la langue afin de la rendre plus accessible. L'Eglise finit cependant par l'excommunier en 1411 car il soutient John Wyclif, autre réformateur en Angleterre, dont l'Eglise a décidé de brûler les livres. Il s'élève aussi contre la vente d'indulgences par l'antipape avignonais Jean XXIII pour financer sa campagne contre ses rivaux. La ville est alors frappée d'interdit. Finalement, il expose ses thèses au concile de Constance en 1415 et l'Eglise lui demande de se rétracter, ce qu'il refuse. C'est la mort qui l'attend et il est brûlé au bûcher en 1415. De là, la guerre entre hussites et catholiques commence et dure une vingtaine d'années. Ce personnage sera récupéré par les Tchèques à plusieurs reprises par la suite.