Dans le quartier du château, une nouvelle construction allait bientôt embellir encore plus le paysage royal. Il s'agit de la cathédrale Saint Guy, une autre des bonnes idées urbanistiques de ce bon Charles IV. Les Français allaient encore exporter la nouvelle mode gothique, toujours plus loin car la vague s'abattait désormais sur l'Est. Charles IV avait d'ailleurs fait appel à un architecte français, Matthieu d'Arras qu'il avait rencontré à la cour pontificale d'Avignon, à l'époque où les papes avaient décidé de fuir Rome. L'Europe est un continent qui se retrouve autour de son patrimoine mais rien n'empêche néanmoins la construction des nationalismes. La cathédrale Saint Guy se fait l'étendard de la nation tchèque.

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Une façade saisissante

C'est l'église la plus grande du pays et on peut dire qu'elle a pris son temps puisqu'elle ne fut terminée qu'en 1929. Sa construction avait pourtant été démarrée en 1344. C'est une des raisons pour lesquelles la cathédrale est si éclectique et adopte des éléments autant gothiques que Renaissance et baroque. Son ornementation se poursuivit même sous le régime communiste pourtant très hostile à l'institution ecclésiale. Les Soviétiques allèrent même jusqu'à faire interner au début des années 1950 l'archevêque Frantisek Tomasek dans un camp de travail. Les guerres hussites avaient aussi pendant un temps stopper son avancement. Pourtant, ce condensé de styles fonctionne bien et rien qu'à la vue de la façade, il nous tarde de pénétrer dans cette antre de la Bohême. On y a posé des mosaïques vénitiennes éblouissantes, qu'on ne voit nulle part en France où l'ornementation des églises peut sembler rude après la disparition des couleurs sur les statues depuis le Moyen Age.

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La chapelle Saint Venceslas

La cathédrale Saint Guy est donc un livre ouvert sur la formidable histoire des rois de Bohême et la nation tchèque. C'est là qu'on y couronnait les chefs d'Etat, que les joyaux y sont conservés et qu'ils se font enterrer. Les plus grands saints de l'histoire y ont leur tombeau. Le premier d'entre eux est le saint patron par excellence: Saint Venceslas qui pour rappel si vous n'avez pas lu les articles précédents, avait été assassiné par son frère pour des raisons obscures et avait été mis sur orbite de l'Eglise qui y en fit un martyr. Une grande chapelle, la plus grande d'ailleurs, lui est dédiée et des gemmes sont incrustées dans les parois. Charles IV tenait beaucoup à ce qu'on réserve une salle de choix à son prédecesseur. Outre les vitraux et les superbes sculptures très réalistes pour le Moyen Age du deuxième architecte de la cathédrale Peter Parler, une autre oeuvre m'a mis en émoi, baroque cette fois-ci. Si on devait faire un classement des saints, Jean Népomucène est surement le number 2 des Tchèques. J'ai décidé de vous raconter son histoire dans "Un lieu/une histoire" lors d'un prochain mois (patience!). Sans connaître son histoire, il faut juste savoir que Jean Népomucène était entré dans le cercle très restreint des canonisés en partie à cause de son prénom car il permettait de contrecarrer un autre personnage important des protestants, Jean Huss, celui là même qui mit la pagaille à Prague avant d'être brûlé. Revenons à nos moutons et à la cathédrale Saint Guy. Le tombeau baroque en argent de Jean Népomucène est tout simplement à couper le souffle, assez ostentatoire mais le choix de l'argent à la place de l'or lui confère une place particulière dans les oeuvres baroques de Prague. Sainte Agnès et Sainte Ludmila ne sont pas non plus oubliées.

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Un tombeau baroque pour Jean Népomucène

La cathédrale Saint Guy est donc un lieu d'histoire avant tout et celle de la République Tchèque est des plus intéressantes qu'il m'ait été donnée d'étudier. En dehors de ça, c'est un incontournable de la ville et courez y si vous ne voulez pas que je vous fouette.