C'est donc au pays de Sisi et non pas de Romy Schneider (il y a bien une différence entre le personnage historique et le personnage de cinéma) que s'achève notre beau séjour d'un mois à Vienne: à la Hofburg. Je vous avais déjà présenté Schönbrunn, résidence d'été des Habsbourg, je vous ouvre donc maintenant les portes de celle d'hiver, beaucoup plus protocolaire où le chef d'Etat autrichien installe ses meubles durant son mandat. La Hofburg est le palais des princesses: entre la magnifique Sisi, passée à la postérité sur les cartes postales avec des étoiles dans une chevelure sans fin, les chevaux lipizzans qui sont fournis par la Slovénie voisine, les bals où les robes virevoltent au son des valses viennoises ou encore les belles tables dressées au souci d'abondance. C'est aussi malheureusement le lieu d'une tragédie pour les Autrichiens qui ont du mal à être sincères avec leur passé: la Hofburg est l'endroit choisi par Hitler en 1936 qui y a proclamé, l'Anschluss, c'est-à-dire l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne. Le pays sera pris dès lors dans le tourbillon d'une politique nazie dont la mémoire semble défailler. Bizarre, les Autrichiens ne semblent pourtant pas être atteints d'alzheimer mais tournent les talons à quiconque leur rappelle leur implication dans le génocide et une adhésion plus grande au IIIe Reich que les Allemands eux-mêmes. Finis les cauchemars, repassons du côté des rêves.

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Un palais idéal pour les bals

4 musées pour un palais et ils valent le coup. Le premier d'entre eux est la collection de porcelaine et d'argenterie de la cour. Je vous vois déjà souffler d'ennui au fond de la classe et pourtant, c'est beaucoup plus intéressant qu'il n'y parait. Moi aussi, je suis réticent d'habitude mais là, on apprend un tas de choses sur les habitudes alimentaires de l'empereur et de la cour donc ces pièces de collections ne sont pas déconnectées de l'ensemble impérial. On est impressionné même devant certains services, notamment ceux achetés en France. On apprend que la porcelaine ne servait qu'au dessert, qui n'arrivait qu'au bout d'un cheminement d'une quinzaine de plats dans la soirée (et oui, on en mangeait autant mais en petite quantité). On sera également ébahi devant l'art de plier les serviettes dans des formes impressionantes, de véritables sculptures de tissus dont seulement 2 personnes détiennent encore le secret aujourd'hui.

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Un secret bien gardé

La visite se poursuit par le musée Sisi. Elisabeth de Wittelsbach, cette femme que tout le monde croit connaître grâce à la saga, et qui pourtant nous révèle un tout autre visage. Car c'est bien là le point fort de ce musée, ce soin apporté à la dichotomie entre histoire et mémoire. La vérité contre les fantasmes autour du personnage qui ont été créés. On apprendra que Sisi n'était en réalité pas ou peu évoquée par les journaux à l'époque, cette place étant réservée à son mari l'empereur François Joseph. C'est à sa mort que Sisi devient l'icône floutée qu'on diffuse depuis des décennies. Je ne vous en dis pas trop, le reste se trouve dans le portrait en bas de page.

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Sisi veille sur son passé

Enfin, la visite des appartement impériaux clot le spectacle du grand tour où on pénètre à la fois dans le cabinet de travail de François Joseph qui travaillait sans relâche plus de 15 heures par jour et qui dormait dans un lit bien moins confortable qu'on ne pourrait l'imaginer, où on entre dans la salle de bain (première salle de bain moderne d'ailleurs) et la salle de sport de Sisi. Mais ce qui étonne le plus le visiteur est cette salle d'attente pour être reçu par l'empereur et qui nous montre les différents costumes folkloriques de son empire. Et oui, l'empereur recevait les officiers comme les petites gens, sur rendez vous bien entendu.

 

Vous pourrez également pour les passionnés d'équitation visiter le manège espagnol et admirer les lipizzans. Les lippizans proviennent du haras de Lipizza, ville de Slovénie, depuis  1580 et font un peu partie des emblêmes de Vienne. Ces chevaux naissent noir à la naissance puis leur pelage vire au gris avant de tourner au blanc à l'âge de 8 ans. Lorsqu'il pleut, il est tacheté de gris. Il vous est possible d'assister à leur entraînement et à leur dressage en musique sans oublier les démonstrations des cavaliers dans la grande salle à colonnades où ont lieu les représentations. 

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C'est donc ici que je vous laisse pour rejoindre une nouvelle destination, dans la Vienne qui même si certains tentent de la saborder à coups de sécession, fera toujours rêver les amateurs de princes et de princesses.

 

Quelques renseignements:


                   - Horaires d'ouverture: Tous les jours

                    . Septembre - juin: 9h00 - 17h30

                   . Juillet - Août: 9h00- 18 h00

                 - Tarifs pour le Grand tour ( collection de porcelaine et argenterie + musée Sisi + appartement impériaux):

                  . Adultes: 11,50 euros

                 . Enfants: 7 euros

                - Pour accéder en métro à la Hofburg: U2, 3 arrêt Volkstheater, U3 arrêt Herrengasse

 

Il était un personnage: Sisi

    


Sisi, l'une des plus belles femmes du monde

Elisabeth de Wittelsbach naît la veille de Noël (même si on ne fêtait pas encore le réveillon à cette époque), le 24 décembre 1837 à Munich. Elle pensait peut-être vivre une vie paisible en Bavière mais tout allait changer lorsque son cousin François Joseph vint rendre visite à la famille. Celui qui était appelé à devenir l'empereur de l'Autriche-Hongrie était destiné à la soeur d'Elisabeth mais tomba sous le charme de celle qu'on surnommait Sisi et en fit sa femme. Plutôt que de se réjouir, Sisi se lamenta à l'idée de rejoindre la cour de Vienne et savait que le poids du protocole allait la priver de la liberté qu'elle chérissait tant. Elle ne se mêla jamais de politique hormis une fois pour soutenir le peuple de Hongrie qui souhaitait l'autonomie, bataille qu'elle remporta et qui lui permit d'obtenir la sympathie de ce peuple dont elle apprit même la langue. Car Sisi était cultivée, polyglotte et aimait écrire des poèmes, souvent bien sombres. Elle était aussi sportive, aimant l'équitation et la gymnastique et sa taille svelte la plaça au rang des plus belles femmes du monde. D'autant que l'image d'une femme indépendante renforçait son charme. Elle suscitait également l'admiration avec sa chevelure tout droit sorti du conte de fées Raiponce car elle tombait sur le sol. Elle l'agrémentait d'étoiles et les laver durait un jour avec un shampooing à base d'oeuf et de cognac. A l'âge de 22 ans, Sisi n'arrête pas de tousser et une tuberculose lui fut diagnostiquée. Bizarrement, c'est la maladie qui la sauva car on l'envoya à Madère et ce fut pour elle l'occasion de voyager plusieurs fois en Hongrie ou en Grèce pour respirer l'air pur. Elle se délectait de ses voyages qui lui permettaient de fuir Vienne. Sisi n'était pourtant pas une femme heureuse et ses idées noires transparaissaient dans ses poèmes. En 1889, une tragédie la plongea dans un désespoir encore plus grand: son fils Rodolphe se suicida avec sa maîtresse à Mayerling, petite ville près de Vienne. Sisi fut dès lors plus tourmentée et ne porta plus que du noir jusqu'à sa mort. Une mort, elle aussi tragique: alors qu'elle séjournait à Genève, elle qui appréciait tant la douceur du lac Léman, fut la victime malheureuse de Luccheni, un anarchiste italien qui la poignarda à la poitrine alors qu'elle effectuait sa promenade. Sisi mourut quelques heures après, ramenée à son hôtel. C'est ainsi que sa légende débuta. Son mari François Joseph rappela à quel point il aimait cette femme et en pleura des jours entiers. Cet article est pour vous rappeler ô combien le cinéma a déformé l'histoire de cette grande dame rendue joyeuse alors qu'elle ne broyait que du noir mais fut aussi un modèle de féminisme sans s'en rendre compte.