Au Belvédère, vous embrasserez un endroit des plus classiques mais paradoxalement aussi des plus sécessionistes. C'est aussi là qu'on vous offrira le plus beau des baisers.

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Le beau palais du prince Eugène

 

Eugène Savoie avait beaucoup séduit les Habsbourg qui lui offrirent en guise de remerciement des voyages de noces à répétitions. Dans le jargon, on dirait plutôt des campagnes militaires mais pour ces officiers faisant le paon en quête de gloire, la guerre est une promenade de santé ou dans un sens opposé, une véritable addiction. L'un de ses plus beaux coups de maître reste encore la mise en dehors du territoire austro hongrois à Budapest (la première ville du mois de ce blog qui plus est) de l'ennemi turc. D'ailleurs, le cher Eugène brille de mille feux sur son fidèle destrier sous les traits d'une statue chichement méritée au château de Buda. De ses campagnes harassantes, il chercha le repos et avait amassé un tas d'argent. De là, il comissionna Jonas Lukas von Hildebrant pour sortir de terre deux écrins de pierre qui lui serviraient de palais. Ces deux palais furent reliés par un jardin à la française, pas aussi pimpant que Versailles mais tout de même, où chérubins, créatures de Neptune ou autres figures mythologiques et champêtres furent pétrifiées en sculptures. Le Belvédère inférieur, bâti entre 1714 et 1716 était le lieu des habitations où on imagine aisément le prince Eugène roupiller et ronfler la nuit. Il n'y avait pas que ça: un homme de ce rang se doit de déployer des bibliothèques aux ailes longues et à la hauteur grande mais aussi frimer avec ses collections de peintures. En haut de cette colline en pente douce qui offrait une superbe vue sur la ville trône le Belvédère supérieur, fier et hardi. Là, monseigneur de Savoie tenait les réceptions et les fêtes où on s'éclatait surement sous des pas endiablés de menuet et invitait le gratin viennois. Aujourd'hui, le Belvédère inférieur est celui qui déroule le tapis rouge aux expositions temporaires tandis que le Belvédère supérieur garde à l'abri des collections permanentes à vous couper le souffle mais qui sont bien loin des goûts d'Eugène de Savoie.

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Le Belvédère; un mini Versailles divisé en deux?

Attardons nous donc, si vous avez encore un peu de temps, sur cette deuxième partie du Belvédère. Rien qu'en entrant dans la salle du rez de chaussée, on se met immédiatement à rêver à un palais idéal où les carosses pénétraient dans le porche. Plus impressionante encore est la salle de bal. Passons sur l'art médiéval et baroque sans mépris aucun mais je préfère vous vanter les joyaux du musée. C'est ici Gustav Klimt qui s'illustre encore une fois avec sa Judith, son Adam et Eve mais surtout avec son oeuvre la plus puissante mais aussi la plus célèbre: Le Baiser. Un homme et une femme s'enlacent et s'embrasent fougueusement dans un élan de passion, auréolés d'or. C'est véritablement la période où Klimt vouait un culte à la feuille d'or, non sans rappeler de très lointaines traditions byzantines. On se croirait presque dans la mosaïque d'une église orientale. Ils sont seuls au monde, inaccessibles à cause de cette auréole protectrice mais rien n'y fait, nous sommes d'éternels curieux et voyeurs pervertis. Presque rien ne les distingue dans leur corps hormis leurs ornements qui font encore passer le corps de l'homme au rang de la prospérité virile. Cet homme est fort tandis que la femme est passive, agenouillée, symbole de soumission. C'est l'homme qui dessine les contours de l'auréole à gauche et non pas la femme à droite. Et son cou tellement massif tandis que ses mains empoignent le visage frêle de la dulcinée qui même si elle en a envie, n'aurait pas eu d'autre choix. Une oeuvre aussi puissament érotique car c'est par le baiser que tout commence. L'homme est aussi symbole de la verge en érection. Cachez sa tête et la femme et vous distinguerez vite la base du pénis et son gland sorti qui est ici formé par le cou. C'est une peinture qui semble donc plus parler de séparation que de réunion. Je vous invite grandement à aller l'admirer, c'est l'un des chefs d'oeuvre que je place assurément dans mon top 10. Dans la même allée, les oeuvres dérangeantes de ses successeurs Kokoschka et surtout Egon Schiele qui nous peint un tableau glaçant, érotique et à la limite du macabre dans La Mort et la Jeune fille. Le Belvédère est un incontournable pour tout amateur de peinture, à condition d'avoir l'esprit un peu dérangé et d'assumer son côté pervers.

Le Baiser, l'oeuvre phare du génie Klimt

Quelques conseils pratiques:


                         - pour accéder au Belvédère (Prinz Eugen Strasse 27), prenez le métro U4 arrêt Stadtpark, Landstrasse ou U3 arrêt Landstrasse.

                        - Le billet combiné pour les deux Belvédère:

                        . Adultes: 22,50 euros

                        . Seniors (plus de 60 ans) et étudiants (moins de 26 ans) et groupes: 18,50 euros

                        . Enfants jusque 18 ans: gratuit

                        . Avec la carte Vienne: 19 euros

                      - Le billet pour le Belvédère supérieur uniquement (collections permanentes):

                      . Adultes: 12 euros

                     . Seniors (plus de 60 ans) et étudiants (moins de 26 ans): 10 euros

                     . Groupes et carte Vienne: 11 euros

                     . Moins de 18 ans: Gratuit

                   - Les jardins ferment plus tard que les musées.

 

Il était un personnage: Eugène de Savoie

 

 


Le prince Eugène de Savoie n'est bien sur pas autrichien mais français quand on voit son nom. Mais il était écrit que sa carrière ne se déroulerait pas en France. Il fut appelé par le roi de Pologne, Jean Sobieski, à la demande du pape pour sortir Vienne de la panade car elle était assiégée par les Turcs. La victoire fit éclater au grand jour ses talents militaires. Toutefois, il fut dédaigné par Louis XIV qui ne lui accorda aucune promotion alors qu'Eugène alors qu'il avait bouté l'Infidèle ottoman en dehors des limites de la chrétienté. Point s'en faut, Léopold Ier lui accorda toute sa confiance et devint un conseiller politique très avisé auprès de l'empereur mais aussi auprès des deux fils de ce dernier: Joseph Ier et Charles VI. Il participa énormément à l'extension territoriale de l'empire des Habsbourg et combattit même les armées ... du Roi Soleil. Grand amateur d'art permettant à Vienne de rayonner encore plus dans ce domaines, c'est en revenant épuisé des batailles contre son ancien patron qu'il fit construire sur cette mini colline son Belvédère.