En 1898, date de sa deuxième exposition, la Sécession viennoise, mouvement antiacadémique propulsé par l'une de ses plus grandes figures, Gustav Klimt, se dote d'un centre architectural pour y exposer ses oeuvres dans le Pavillon de la Sécession. On en retiendra surtout la Frise de Beethoven du chef de file.

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Une couronne de lauriers en or pour couronner l'art

Le Pavillon de la Sécession est comme un gros bloc blanc assez sobre rompu par les dorures mais peu présentes. En aucun cas austère mais simple car ce qui foit être le plus important dans ce lieu, c'est l'art qu'on y projette et non pas le lieu. Cela n'empêche pas d'y avoir déposé une superbe couronne de laurier de 3000 feuilles d'or au sommet. La Sécession veut avant tout se mettre en avant ici avec sa devise Ver Sacrum (Printemps sacré), nom de la revue créée par Gustav Klimt et Max Kurzweil en 1898. On peut lire aussi en lettres dorées au dessus du portail d'entrée: "Der Kunst ihre Kunst, der Kunst ihre Freiheit" (A chaque époque son art, à chaque art sa liberté). Le ton est donné. C'est pourtant une exposition en 1902, la quatorzième plus précisément, qui va transformer ce lieu à tout jamais: l'exposition de Beethoven

 

L'exposition de Beethoven a permis d'immortaliser une des oeuvres les plus connues de Klimt: la Frise de Beethoven dans un sous-sol où il n'y a qu'elle. Rien qu'artistiquement, en entrant, nous sommes subjugués par les matériaux employés que ce soit ces couches d'or, rappelant le lointain empire byzantin mais aussi du verre, notamment des éclats de miroir qui permettent de parer les dames de la scène. Le lien de cette frise avec Beethoven? Après la mise en musique par le virtuose, Klimt met en peinture la Neuvième Symphonie, cette "ode à la joie" qui nous apprend que la faible humanité est libérée par l'art et l'amour. Ici, les femmes transpirent d'érotisme à travers leurs regards alanguis. Certaines nous filent même la chair de poule nous rappelant l'idée d'une femme tentatrice prête à tout pour qu'on tombe dans ses filets. La femme, sujet de prédilection du peintre. C'est l'un des premiers d'ailleurs a représenté le sexe féminin dans l'art même si on n'en est pas encore à nous dessiner les lèvres comme le fera plus tard un certain Egon Schiele. De l'autre côté, une image de la femme tout à fait différente, la pieuse et la chaste qui amènent le chevalier à rejoindre sa dulcinée. Elles sont l'élan de l'amour, le vrai, le pur, tout le contraire de ces sorcières, créatures du mal. Malgré tout, ces anges semblent bien ennuyeux. J'ai été saisi par le dénouement de la frise, par ce couple qui s'enlace et qui devient indissoluble, comme si les deux corps ne formaient plus qu'un. On ne voit plus leurs visages d'ailleurs, comme si le moi des deux personnages avait disparu pour former un nous éternel auréolé sur fond or, un fond où ils sont pétrifiés et font abstraction de tous les personnages qui les entourent, vierges ou sorcières. Comme si on mettait fin à la virginité tant ils ont un potentiel érotique fort mais aussi une fin à la tentation car ils se sont trouvés et semblent restés fidèles à jamais liés comme semble désigner le tissu bleu qui enroule leurs jambes. C'est donc un puissant moment d'intimité amoureux où on n'oublie de rabacher le cliché de l'homme protecteur et viril. En effet, le dos nu et massif de l'homme couvre complètement le corps de la femme, à peine visible. C'est comme si c'est leur histoire et qu'il ne nous appartient pas de s'y introduire. Je vous avoue que cette analyse est un personnelle mais je pense que la Sécession viennoise veut nous amener à penser par nous même et donc je ne vois pas d'inconvénient à ce que nous ayons chacun notre propre analyse.

 

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Les Forces hostiles de la Frise de Beethoven: la femme plus tentatrice que jamais

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L'Hymne à la joie de la Frise de Beethoven ou l'amour triomphe toujours

Enfin, il reste une autre partie du Pavillon à visiter, des expositions contemporaines mais qui ne m'ont guère plu (pas fan d'art contemporain moi). C'est un peu bête mais je n'ai payé l'entrée que pour voir la frise, ce que je ne regrette absolument pas tant j'ai passé un quart d'heure de béatitude (vous pouvez m'imaginer la bouche ouverte mais évitez de m'y voir avec la bave qui coule).

 

Quelques renseignements utiles:


                                    - Localisation: 12 Friedrichstrasse, arrêt Karlsplatz

                                   - Horaires: Mardi- dimanche: 10h - 18h00

                            - Tarifs: expositions: 5 euros; exposition et frise de Beethoven: 8,50 euros (il serait fort dommage de ne pas voir la frise de Beethoven, étant donné que c'est l'oeuvre phare)

                                

Il était un grand homme: Gustav Klimt

Description de cette image, également commentée ci-après


Gustav Klimt, né en 1862 à Baumgarten près de Vienne, est l'un des chefs de file de la Sécession viennoise, mouvement artistique réactionnaire face au clacissisme du Ring sous la demande de l'empereur François Joseph. Avec Klimt, au diable les conventions. Ces oeuvres, outre des matériaux comme l'or ou des bouts de verre collés sur les peintures, ont souvent choqué de son temps tant les figures allégoriques étaient empreintes d'un érotisme non dissimulé. La Médecine fut une de ses premières oeuvres montrées du doigt car elle ornait le hall de l'Université de Vienne et le nu ici se confondait clairement avec la sexualité. Ca n'empêche aucunement Klimt de renoncer à l'académisme puisqu'il rompt clairement avec lui d'où le nom de Sécession. Il est même à l'origine d'une nouvelle revue artististique intitulée Ver Sacrum. Il expose la Frise de Beethoven dans le Pavillon de la Sécession. Une autre de ses oeuvres est 1000 fois plus célèbres et reprise partout dans Vienne pour vendre: Le Baiser. Nous en reparlerons un peu plus tard ...

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