Tous les guides de voyage vous vanteront plus la Pedrera que la Casa Batllo. D'ailleurs, le guide vert Michelin attribue 3 étoiles à la première, 2 à la seconde. Pourtant, je prends le contrepied de ce podium en inscrivant la Casa Batllo devant. Tout d'abord, c'est d'elle qu'est née la Pedrera, une influence indispensable sans laquelle les Mila n'auraient sans doute pas fait appel à Gaudi pour leur demeure. Ensuite, contrairement à la Casa Mila, même si le prix est aussi cher, la visite de la Casa Batllo vous fournit un audio guide. Enfin, si la Pedrera se focalise surtout sur sa terrasse sur toit, c'est l'intérieur qui en jette dans cette demeure. A vous de faire votre choix mais c'est mon blog et mon classement.

 

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La casa Batllo by night

 

Inutile de vous rappeler le contexte de l'industrialisation, de l'exposition universelle de 1888, de l'affirmation de la haute bourgeoisie, de sa revendication d'une culture catalane ou encore l'émergence du quartier de l'Eixample avec son avenue so chic du Passeig de Gracia dans laquelle la Casa Battlo a pris place. Toutes ces informations, vous pourrez cliquer sur les tags correspondants si cela vous intéresse et le topo sur la Casa Mila et le parc Guëll vous aiguilleront bien assez. Penchons nous d'emblée sur la véritable histoire de la Casa Batllo. Cet immeuble existait déjà mais dans une forme très sobre jusqu'à ce que le promoteur Joseph Batllo, lui aussi industriel textile à l'instar d'Eusebi Guëll demande à Gaudi de le réformer. 

 

La façade détonne par son florilège de couleurs que certains aiment à intellectualiser comme une ode au carnaval tant celles ci sont chatoyantes. Cette maison bariolée réemploie les célèbres trencadis de Gaudi et le maître sut une nouvelle fois valider le mariage des matériaux comme le verre, la céramique, le fer forgé et la pierre, le soleil se reflétant parfaitement à l'intérieur. Gaudi voulait cette maison colorée car il était profondément admiratif de l'art grec antique comme le prouve le parc Guëll où le marché est soutenu par 86 colonnes d'ordre dorique. Pour la Casa Batllo, Gaudi aimait à rappeler que les Grecs peignaient leur temple pour leur rendre vie à l'image des façades de cette restauration qu'il dirige. D'autres encore y voient un hommage à l'impresionnime de Monet. Mais Gaudi s'explique-t-il vraiment? Gaudi se voulant anti académique mit au point un toit ondulé aux couches multicolores où les tuiles n'inspirent pas que de la confiance tant elles semblent imiter les écailles d'un reptile tandis que les colonnes sont de parfaites incarnations des os humains et la partie supérieure se déguise en gigantesque chauve souris. Ce sont ici toutes les espèces qui forment un concerto bien harmonieux. Ce qui m'impressionera toujours le plus sur cette façade, ce sont ces balcons qui pourraient donner des idées aux scénaristes pour le masque d'un futur slasher, qui sont taillés comme des cranes humains. Oeuvre naturelle mais si angoissante.

 

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Un crâne humain pour une oeuvre anatomique?

 

Puis nous pénétrons à l'intérieur, visite audioguidée plutôt bien foutue. D'emblée, nous sommes précipités dans le monde marin. Pour rappel, les lignes sinueuses des façades sont comme des vagues à l'allure calme mais dont il est toujours bon de se méfier. Ici, la mer prend tout son éclat, agitées par des pièces de céramiques dans les tons bleus, les azulejos. Ce bleu est d'une limpidité sans pareille grâce à la fenêtre en hauteur qui permet de faire entrer une lumière zénithale qui rend toutes les nuances des azulejos. En effet, Gaudi a pratiqué un dégradé de bleu. Au fur et à mesure que l'on descend, celui-ci s'estompe pour devenir de plus en plus clair comme si l'habitant touchait les fonds marins. Quant aux accès, les escaliers prennent l'allure de squelettes et les lumières forment des tourbillons dont vous ne ressortiriez pas indemnes dans la mer.

 

L'intérieur sera aussi l'occasion de voir comment Gaudi maîtrisait l'ergonomie, symbiose entre l'art et le confort comme il nous l'a déjà prouvé au parc Guëll. Ici, les poignées de porte épousent la forme de la main tout comme les rampes d'escalier. Quelques meubles notamment des chaises, renforcent cet aspect. Les finitions du bois sont tellement exceptionnelles prouvant, s'il le fallait encore, le génie de l'architecte. Vous finirez votre visite par les toits avec leurs cheminées, peut-être pas aussi impressionnantes que celles de la Pedrera mais bien signés by Gaudi, ornées de trencadis et s'inspirant grandement de son travail pour le palau Guëll.

 

Cet article ne vous gâchera pas le plaisir de la visite de la Casa Batllo tant il ne jette que succintement des pavés lilliputiens dans l'immense marre de l'oeuvre audacieuse et énigmatique de Gaudi qui ne s'appréhende jamais au premier coup d'oeil. J'oserais même dire qu'elle ne s'appréhende jamais totalement. A choisir, je vous conseillerais plutôt la visite de la Batllo à la Pedrera car même si la deuxième est une oeuvre puissante, de sa visite on ne retient presque que les cheminées alors que les façades sont vues gratuitement à l'extérieur. La Casa Batllo, elle, vous ouvre véritablement ses portes. Le mieux est encore de faire les deux mais il est vrai que la visite n'est pas donnée. Ces deux oeuvres sont d'autant quasi indissociables l'une de l'autre. Il est bon de rappeler que Joseph Batllo a fait de la pub pour Gaudi à son ami Mila. La suite, vous la connaissez.

 

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Quelques renseignements utiles:


                   - comme la Casa Mila, mieux vaut vous prévenir de venir bien à l'avance car la file d'attente est assez longue.

                   - Musée ouvert du lundi au dimanche de 9h à 21h ( la fermeture commence à 20h )

                  - Tarifs (avec audio guide inclus):

                          . Adultes: 20,35 euros

                          . Groupes de plus de 20: 17,30 euros

                          . De 7 à 18 ans, étudiants et seniors de + de 65 ans: 16,30 euros

                          . Enfants de moins de 7 ans: gratuit

                 - La Casa Batllo se situe sur le Passeig de Gracia tout comme la Pedrera. Ne faites néanmoins pas les deux édifices le même jour, je pense que ce serait un peu dur à digérer. Vous pouvez accéder au bâtiment en métro avec l'arrêt Passeig de Gracia, lignes 2, 3 et 4. Pour les bus, il s'agit tout simplement de l'arrêt Casa Batllo.

                    - La Casa Batllo se situe dans un pâté de maisons surnommé la Manzana de la discordia, véritable bijou de l'architecture moderniste catalane où à côté de la Casa Batllo de Gaudi se situe la Casa Lleo i Morera de Lluis Domenech i Montaner, architecte du Palau de la musica où il donne une touche très végétale à son architecture ici et la Casa Amatller de l'architecte Puig i Cadalfach, grand chantre du mouvement moderniste également.