Barcelone a donné l'image durant tout ce mois d'une ville agitée et pleine de ferveur. Je n'ai absolument pas grossi le trait en la représentant ainsi. Barcelone vit. Durant la Révolution industrielle et notamment au XX e siècle, la ville était aussi nerveuse que de nos jours, habitée par le diable du modernisme et des cadences de travail infernales. La bourgeoisie s'enrichissait mais voulait s'attribuer une autre mission: les projets urbanistiques. Ainsi, comme on l'a vu, elle est à l'origine d'un tout nouveau quartier l'Eixample où elle n'a pas lésiné sur les moyens, aussi et surtout lorsqu'il s'agissait de construire des splendides demeures qui les abriteraient dans le Passeig de Gracias. La Pedrera et la Casa Batllo sont là pour en témoigner. Cela ne suffisait  cependant pas à Eusebi Guëll, grand importateur industriel textile et mécène le plus célèbre de Gaudi. Il lui demanda un palais qu'on nomma tout simplement palais Guëll (numéro 7 de mon top 10 des palais) et par la suite, le vieux monsieur se mit en tête d'impulser un nouvel élan à Barcelone. Il souhaitait créer une nouvelle cité-jardin pour la nouvelle élite de l'industrielle, un havre de paix au milieu du tohu bohu de l'industrialisation. Elle vit le jour sous le nom du parc Guëll.

 

Monsieur Guëll, le commanditaire

 

C'est bien entendu monsieur Antoni Gaudi qui fut choisi pour prendre en charge ce projet, aujourd'hui véritable emblème de la capitale de Catalogne. Il s'agissait pour Gaudi de répondre à deux grandes exigences: auréoler la puissance de l'industrie en y insérant certains de ses matériaux et exalter la culture catalane. A ce propos, Eusebi Guëll tout comme son architecte sont de fervents participants du mouvement catalan. Gaudi s'applique à rendre ces deux aspects et en plus de cela insère des symboles cachés un peu partout, notamment à travers des médaillons. Le parc Guëll devient alors une énigme.

 

L'entrée se veut spéciale avec une grille en fer forgé aux pics acérés qui est à l'origine était destinée à la maison Vicens, autre oeuvre remarquable du gourou du modernisme catalan. C'est pourtant sur les deux pavillons que notre oeil s'arrête. Un pavillon en forme de contes de fée mais qui de suite m'a fait penser à la maison en sucre, en gâteaux et en bonbons d'Hansel et Gretel, théorie la plus plausible quand on sait que Gaudi vénérait ce conte et qu'il souhaitait ardemment l'accueillir en opéra traduit en catalan dans ce parc. On retrouve sur ces maisons les trencadis, les tesselles des mosaïques façon Gaudi, ici de la céramique.

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Attention, ne pas manger sinon la sorcière pourrait vous mettre dans le four.

 

Devant nous, un escalier nous mène au marché. Cet escalier est dominé par un reptile que les Barcelonais surnomment le dragon. Ils sont pourtant dans l'erreur car ni dragon, ni salamandre, cela représente en réalité un crocodile, emblème de la ville de Nîmes où fut élevé Guëll. Peu importe, c'est la sculpture la plus célèbre de la ville, vendue dans toutes les boutiques à souvenirs un peu ringardes. Les enfants en font leur tamagotchi version réelle en le caressant et mettant de l'eau sur leur nuque à la fontaine. Le marché se tient dans un ensemble de colonnades et compte 86 gigantesques colonnes dans le style dorique grec, ce qui paraît étonnant quand on sait que Gaudi est tout sauf classique. Néanmoins, celles-ci ne sont pas tout à fait comme les autres car elles sont penchées et il faut lever ses yeux pour admirer les immenses caissons qui forment des soleils et les lunes et où les trencadis sont de véritables curiosités: bouts de céramique mais aussi débris de poupée, de bouteilles, d'assiettes et de tasses qui se métamorphosent en ornements inattendus. 

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Il y a foule à l'entrée

 

Enfin, venons en à l'osmose, le sommet de ce parc: la grande place et les bancs au dessus du marché. Gaudi souhaitait que des fêtes et des cérémonies s'y déroulent, en particulier l'opéra d'Hansel et Gretel qui s'acheva en fantasme jamais réalisé. Pourtant, des voitures défilèrent sous des yeux ébahis (on est encore au début du XX e siècle où la voiture est un luxe). Je vous invite à vous assoir sur le banc le plus long du monde, 110 mètres d'art où les trencadis aux couleurs et matériaux différents forment divers symboles à déchiffrer comme les chiffres du zodiaque. Les trencadis blancs se succèdent sur les sièges. Cette succession de modules convexes et concaves rentrent en parfaite harmonie avec la courbe de votre dos. C'est un autre point à connaître de Gaudi, il était à la pointe de l'ergonomie, c'est-à-dire l'art qui s'allit au confort. Vous ne vous sentirez jamais aussi bien sur un banc. C'est aussi le moyen de jouir d'une vue splendide sur Barcelone. 

Ergonomique

Après tout cela, une promenade dans le parc vous permet de découvrir encore le travail de Gaudi avec des viaducs ou ensemble de colonnes qui semblent être taillées par la nature et non pas par l'homme. Vous pourrez aussi visiter la maison de Gaudi, visite non essentielle car mis à part quelques meubles intéressants, c'est assez petit. Repos, confort et émerveillement pour ce parc des merveilles.

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Non, ce n'est pas la nature, c'est l'homme

 

Quelques renseignements utiles:

                                - le parc est gratuit.

                               - si vous avez payé votre billet pour la Sagrada familia, il vous permet de visiter gratuitement la maison de Gaudi.

                              - Ouvert toute la journée.

                              - L'arrêt de métro le plus proche est Lesseps.