Il y a des génies qui comme ça vous ébahissent par la moindre de leurs oeuvres. C'est ici un architecte et pour moi c'est Antoni Gaudi, dont le nom est indissociable de Barcelone et vice versa. Même si les files d'attente sont affreusement longues et même si le prix n'est pas donné, il est indispensable d'avoir vu la Casa Mila, celle qu'on nomme aussi la Pedrera, une fois dans sa vie. Cet article n'a pour seul but que de vous convaincre.

 

Immeuble ou montagne urbaine?

On en aura entendu des saloperies au moment où l'oeuvre fut inaugurée. Affreuse pour certains, ressemblant à un parking en hauteur pour d'autres, celle qui ne faisait pas l'unanimité lorsqu'elle sortit de terre en 1912 a totalement renversé la tendance aujourd'hui. Personne ne reviendra de Barcelone sans vous montrer une photo de lui devant les cheminées. La Pedrera arrive à un moment propice. Les projets urbanistiques sont légion à la fin du XIX e siècle car la ville ne cesse de grossir avec l'arrivée d'ouvriers et c'est ainsi qu'est créé le quartier de l'Eixample avec un réseau de rues perpendiculaires. Parmi ces rues, la plus célèbre, encore à l'heure actuelle, est le Passeig de Gracia où les riches bourgeois y construisent leurs plus belles maisons. Gaudi et d'autres modernistes seront sollicités comme Lluis Domenech i Montaner, le père du Palau de la Musica (numéro 6 de ce top 10). C'est une effusion créative à laquelle on assiste à Barcelone depuis la fin du XIX e siècle notamment avec la création du parc de la Ciutadella pour accueillir l'exposition universelle de 1888. Gaudi s'est déjà imposé comme un architecte à la mode depuis bien longtemps, ayant déjà entamé le chantier de la Sagrada familia, ayant déjà rempli plusieurs projets pour Eusebi Guëll avec les caves Guëll et le palais Guëll et s'est déjà essayé aux maisons en achevant la Casa Batllo en 1904. C'est d'ailleurs cette oeuvre qui va pousser les Mila, famille de la haute bourgeoisie catalane a faire appel à cet excentrique architecte. Cela ne se fera pas sans quelques querelles car Gaudi dépasse le budget alloué par la famille et l'immeuble prend des dimensions plus grandes que celles prévues, ce qui le pousse à affronter la Mairie. Traîné pour ces problèmes en justice, Gaudi triomphera. Mais c'est surtout toute l'expression mise dans son oeuvre qui nous intéresse ici.

 

Ce qu'il faut déjà comprendre, c'est que rien n'est laissé au hasard dans cette oeuvre, des façades à l'intérieur et surtout la toiture. Tout d'abord les façades qui renvoient à l'action naturaliste de Gaudi sur ses bâtiments. Epoustoufflante à tel point que l'on se demande si c'est une maison ou un massif rocheux qui ressemblerait comme deux gouttes d'eau aux montagnes de Montserrat à quelques kilomètres de Barcelone. L'hommage à la Catalogne n'est jamais loin. Les colombes, le blason de la Catalogne ou encore un masque se voit admirablement sculpté dans les balustrades, dans un matériau innovant en architecture, de la ferraille recyclée. Gaudi, écolo avant Hulot? Mais les balustrades dans leurs formes sont comme les vagues de la mer, la Méditerranée à coup sur. La montagne et la mer se rencontrent sans jamais se mettre en duel mais décident de former là un duo magique. Les murs rompent avec le clacissime et adoptent des lignes continues mais sinueuses. Avec Gaudi, c'est sur, notre oeil n'a jamais le temps de s'ennuyer. Etre attentif au moindre détail est la meilleure solution pour comprendre le maître.

Montserrat ou quand la nature est une inspiration pour l'homme

Et il y a l'entrée: dans le patio qui devient un bain de lumière car Gaudi fait tout pour que le dieu Soleil y dépose ses rayons. Ici, on y vivrait encore plus que dans les appartements où les colonnes soutiennent des plafonds peinturlurés de fresques épiques. On lève nos yeux et on voit le ciel. On se sent comme dans la crevasse d'une grotte dont on voit le bout ou dans une gorge inondée d'énergie naturelle. Le sentiment est sensationnel. Gaudi est aussi un visionnaire car c'est le premier à avoir pensé aux parkings souterrains. Les grandes surfaces et chaînes d'hôtel lui doivent tout. J'ai toujours aimé les hyperboles.

A ciel ouvert

Après avoir visité les appartements (pas tous car certains sont encore habitables) qui rappellent une belle époque et le grenier où on imagine être Gepetto dans le ventre de la baleine Monstro tant les poutres semblent dessiner le squelette d'une baleine, on arrive à l'attraction majeure de la Pedrera: la terrasse. Plongez dans un tout nouvel univers organique où les cheminées sont des curiosités qui ne trouvent aucun sosie sur Terre. Ces cheminés sont de véritables sculptures stylisées qui imitent les chevaliers du Moyen Age recouverts de leur heaume. Ce ne sont pas des cheminées juste pour faire beau car on aperçoit les trous d'aération. Ces cheminées sont recouvertes de trencadis, spécificité de Gaudi, qui sont différents matériaux formant  les tesselles des mosaïques. Il s'agit de céramiques ou encore de fragments de bouteilles de verre. Gaudi rend beau ce qui semble particulièrement laid.

 

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Des bouteilles qui ornent une cheminée de la terrasse

 

Je suis loin en un article d'avoir révélé tous les secrets de la Pedrera car il faut comprendre que lorsque l'on se rend dans l'un des monuments de Gaudi, il ne faut pas hésiter à scruter. Des secrets, des réponses, de nouvelles questions... Quelques unes des raisons pour lesquelles je retourne fréquemment dans ces lieux.

 

Quelques renseignements utiles:


Localisation

                  - Sur le Passeig de Gracia

                 - Arrêt de métro: Diagonal

Horaires:

                 - Toute la journée, fermé 1, 6 et 14 janvier, 25 et 26 décembre

                - les files d'atente sont très longues, autant arriver très tôt. C'est d'ailleurs mieux d'arriver quand il n'y a pas trop de monde pour profiter pleinement des terrasses.

Prix:

                - Adulte: 16,5 euros (cher et sans audio guide)

               - Etudiants: 14,85 euros

              - Enfants de 0 à 6 ans: Gratuit

             - Enfants de 7 à 12 ans: 8,25 euros

Achats:

             - Vous ne pourrez surement pas vous acheter les chaises Gaudi d'une centaine d'euros mais je vous conseille le guide de la Pedrera aux alentours de 10 euros de la collection Guias Visuales grandes obras très complet et dont je me suis beaucoup inspiré pour écrire cet article.