S'il y avait un type de monuments que je ne pensais pas placer dans un top 10 un jour, c'est bien un monument aux morts. Essentiels, ces hommages sculptés ne me mettent pas en extase esthétique d'ordinaire. Sauf que celui de Nice a bien des particularités: son emplacement et son style.

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Le monument aux morts sur le flanc de la colline


La colline du château est un paradis naturel au coeur de la ville où vous pouvez dominer du regard la promenade des Anglais. Pourtant, ce n'est pas en haut que nous allons poser nos pieds aujourd'hui mais bien au bas de cette colline qui abrite ce majestueux monument de marbres dédiées aux différentes victimes des guerres dans lesquelles la France s'est engagée au XX e siècle.Ici, le monument est sculpté à même la colline et prend des airs de chapelle troglodyte où se recueillir. Tournée face à la Méditerranée, elle tourne le dos néanmoins à la promenade des Anglais de l'autre côté de la colline. Jules Febvre, ancien adjoint de la municipalité avait dit à juste titre qu'il était "aux pieds du château, temple de notre histoire, devant l'immensité du ciel et de la mer". Comme tout monument aux morts, il est placé au coeur de la ville pour être visible mais qui dit respect des morts impose le silence et le recueillement. Il était donc inconcevable qu'on le retrouve en pleine rue Masséna, lieu où se croisent les multiples touristes ou sur la promenade des Anglais où les voitures vrombissent et où les motos pétaradent. Il y a certes une route en face mais beaucoup moins empruntée et la plage est de l'autre côté. Le fief des sacrifiées tourne le dos à ce monde du bruit protégé par les cyprès, abres qui peuvent symboliser l'éternité car ils ne perdent pas leus feuilles et qui possèdent un caractère méditerranéen.

 

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Des batailles célébrées


Terrau du patriotisme à la française, ce monument aux morts est aussi un ferment du localisme à la niçoise. Ce sont en effet 4000 Niçois qui sont célèbrés ici, défendant corps et âmes leur pays engagé dans une guerre absurde, et dont les noms sont gravés. Lors de l'inauguration en 1928 (soit 10 ans après sa commande mais les difficultés financières ont retardé sa réalisation) pour ces combattants de la Première Guerre mondiale par le maréchal Foch en personne(vous arrivez aisément à lire les inscriptions "Marne", "Verdun", "Somme", lieux de mémoire de batailles meurtrières), les marins anglais, américains et italiens étaient présents. Certes, ils étaient alliés mais ces étrangers ont un lien encore plus profond avec Nice qu'avec d'autres parties de notre territoire.

 

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Personne n'est oublié

Sur les côtés, des stèles célèbrent toutes les branches de l'armée: de la cavalerie à l'infanterie sans oublier l'aviation et la marine. Histoire d'ancrer encore un peu plus la Première guerre mondiale dans ce concept de guerre totale. Par la suite, même si à l'origine il est dédié aux morts du premier conflit mondial, d'autres éléments viennent s''ajouter pour ne pas oublier les guerres suivantes, c'est-à-dire la Seconde guerre mondiale mais aussi les guerres de décolonisation, c'est-à-dire la guerre d'Indochine et celle d'Algérie.

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En avant guerre


Les hauts reliefs sont aussi d'une splendeur maîtrisées: des lignes horizontales très dures qui donnent une telle force aux mouvements des personnages. Ils ont été réalisés par le sculpteur Alfred Janiot, celui là même qui a confectionné la fontaine du Soleil de la place Masséna (voir l'article: http://6continents.canalblog.com/archives/2013/07/16/27642701.html). A gauche et à droite de l'aigle de Nice, il représente deux moments qui incarnent la Guerre et la Paix. Symbole de force, le lion accompagne les soldats à la guerre galvanisés par l'allégorie de la victoire. De l'autre côté, fécondité et travail forment le socle sur lequel repose la Paix.

Si vous allez à Nice, c'est l'endroit idéal si vous recherchez la quiétude de l'Histoire. Celle de Nice est véritablement mondiale.