So british: quand les Anglais partent à l'assaut de la Côte d'Azur. Déjà dit dans différents articles, les littoraux n'ont pas toujours été ceux que nous connaissons. Il s'agissait plutôt de milieux hostiles peu aménagés et la baignade et la bronzette n'étaient pas signe de plaisir. D'ailleurs, au départ, la promenade des Anglais, c'est ça:

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La promenade des anglais dans les années 1860

Un sentier qui commence à prendre forme alors qu'au départ, il n'était qu'un espace terreux peu amène à la promenade des hommes. C'est pourtant les Anglais qui vont aménager au XIX e siècle ce qui est appelé alors le Chemin des Anglais reliant la rive droite du Paillon au faubourg de la Croix Marbre. Ces améagements étaient effectués dans le cadre d'un tourisme d'hiver. En effet, l'air vivifiant de la mer en hiver était censé être bon pour la peau mais hors de question de se baigner et de bronzer l'été, saison boudée. Aller à la mer allait de paire avec l'hiver.

Un tourisme d'abord hivernal


Le tourisme prend ensuite une autre forme au XX e siècle et l'été est l'un des moteurs de l'essor de la cité azuréenne. Autrefois, avoir le teint hâlé était synonyme de la classe paysanne alors qu'aujourd'hui, c'est une fierté que les touristes portent sur le visage condamnant la blancheur de peau et envoyant ceux qui ne tirent pas vers le marron à la case UV par peur d'être frappé d'anathème. C'est l'invention du littoral et dès lors, la grande aristocratie anglaise mais pas seulement, parsème le long de ce front de mer audacieux hôtels de luxe comme le Négresco, opéra, palaces et casinos grignotant l'espace des villas et de leurs jardins même si certaines ont posé leurs pierres ici-même. Tel est le cas de la villa Masséna (voir l'article qui y renvoie) qui résiste tant bien que mal aux envahisseurs immobiliers. Premières voitures stationnent sur les nouvelles routes de bitume ombragées de palmiers pour recevoir "la crême de la crême" au luxueux Negresco. Ce sont les premiers pas vers la catastrophe automobile où la mauvaise circulation empêtre Nice dans des problèmes de voiture jusque là méconnus. C'est une métamorphose complète pour la ville qui dès lors aménage également sa plage et le tourisme de masse explose finalement. 

Le Negresco, un lieu emblématique pour l'accueil de l'aristocratie


Aujourd'hui, ce front de mer a des images de Floride française, la touche noble en plus, où les passionnés de rollers et les joggers du matin y effectuent leurs entraînements quotidiens. C'est un lieu désormais où sont mis côte à côte l'aristocratie et les familles populaires séparées par cette autoroute qui vient tout gâcher et polluer. Cependant, c'est une séparation nette, une frontière entre deux mondes et deux types de tourisme. C'est une promenade alambiquée et paradoxale que vous longerez en vous extasiant sur des lieux où un millimètre de vos sandalettes donnerait l'alerte s'il y franchissait la ligne interdite. C'est encore là que le carnaval déploie son faste. A n'en pas douter, Nice est indissociable du tourisme.

 

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Le spectacle magique de la promenade des Anglais à la tombée de la nuit