La Forêt noire est une terre de légendes, un terrau propice pour pétrir la peur et l'angoisse. C'est en me promenant sur le chemin d'Allerheiligen que j'ai suivi les panneaux qui nous narraient des contes cauchemardesques. Ne lisez pas si vous ne voulez pas que la Forêt noire hante vos esprits ou alors soyez téméraires quitte à ce que cela vous mène à votre perte. Qui sait, cet article c'est peut être "The Ring" version blog.

 

SAM_6381

 

1) Le moine cleptocrucifomane

Il était un moine qui avait décidé de vouer sa vie à Dieu, tout du moins en apparence. Il répondait au doux nom de Frère Pauli. Rien à voir avec le Frère Tuck de Robin des Bois qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Non, Frère Pauli est ce qu'on appelle ... - attention, vous allez apprendre un nouveau mot qui un jour se joindra au Petit Larousse - ... un cleptocrucifomane. Ce très cher homme tonsuré ne pouvait résister à l'envie, ô combien tentante, de voler des crucifix en argent. Les résidents du monastère le condamnèrent à errer autour sans jamais pouvoir y entrer et vivre pauvrement. Crevé, haletant, ne résistant pas à la vie des justes chrétiens, il rendit son dernier souffle mais son esprit n'a jamais quitté ces terres. Si vous vous rendez à Allerheiligen, prenez garde car on raconte qu'il pousse les passants ou leur jette des objets parfois avec violence. Les hommes de Dieu ne sont donc plus dignes de confiance.

2) Frère du marais

La faille des ténèbres a-t-elle était à tout jamais été ouverte par les moines déchus? Ce n'est pas cette histoire qui risque d'inverser la tendance. Le Frère du marais était pourtant un bon petit gars sympa, certes un peu maladroit. Pourquoi est-il affublé de ce nom ridicule: "Frère du marais"? Non mais vous imaginez: "Tu t'appelles comment?" "Frère du marais". C'est comme le schtroumph grognon. Je cesse tout de suite avec mes petites vannes pourries car je vous rappelle que ces histoires sont sensées vous faire trembler. Romançons un peu cette biographie monachiale: Frère du marais s'en allait en sifflotant bénir le chantier du marais, ces braves ouvriers qui l'asséchait. Tête de linote ou malchanceux, Frère du marais perdit l'hostie. Quelle erreur n'avait-il pas fait là? Ni une, ni deux, l'Eglise le condamna à mort pour ce sacrilège, englouti dans les marais. Mais tel un fantôme, l'âme du moine ressurgit pour s'en prendre aux touristes. Frère du marais tient aujourd'hui sa vengeance sur vous: il est là pour vous perdre, vous faire tomber et ... s'asseoir sur vous.

3) Les amants du rocher

Les histoires d'amour finissent mal en général et encore plus en Forêt noire. Il était une fois un étudiant et une gitane qui pensaient couler à jamais des jours heureux même si le père de la belle aurait tout fait pour empêcher leur union s'il l'avait appris. Se voyant en cachette tels des clandestins, l'étudiant voulait apporter une preuve supplémentaire de son amour: il allait la demander en fiançailles. Rendez vous secret, cachette secrète. Il lui fixa une heure sur un coin du rocher et la belle gitane s'était apprétée sentant que son amant sortirait enfin le grand jeu. C'est un jeu funeste auquel elle allait assister et même jouer un rôle. Les corbeaux nous épient et se languissent de mettre un terme à notre bonheur. L'un d'entre eux volant bas s'empara de l'anneau et l'étudiant désemparé décida de prendre son courage à deux mains et de fouiller dans le nid de l'animal. Rien n'est trop risqué pour sa belle. Mais il perdit l'équilibre et finit par glisser, emporté dans une chute vertigineuse qui lui fracassa la nuque, les os, les membres ... Le vent bruissant dans les arbres avait recouvert les bruits du malheureux et emporta à jamais son souvenir. Seulement, la gitane inquiète pour son amant se rapprocha ne comprenant pas la situation, près, plus près ... jusqu'à connaître le même sort. La légende ne dit pas si les deux corps gisaient l'un à côté de l'autre mais quelque chose me dit que la forêt a préféré les séparer à jamais.

 

SAM_6380

Les légendes gravées sur les parois du chemin d'Allerheiligen

 

4) Le saut risqué

2 cavaliers sortaient de la forêt, ennemis héréditaires en ce temps des siècles modernes. Le cavalier suédois s'était lancé à la poursuite de son homologue autrichien bien décidé à en découdre à jamais. Seulement, le dernier s'enfonçait parmi les arbres, le cheval commençant à tanguer sous les roches capricieuses. L'autrichien tenta le tout pour le tout et décida de rejoindre le rocher d'en face, celui là même qui avait été fatal aux deux amants de l'histoire précédente. L'élan de l'animal et surtout la distance entre les deux falaises ne furent pas assez étudiés et le cavalier tomba dans ce ravin emporté avec son cheval par les flots du torrent. 

 

SAM_6379

Le rocher meurtrier