C'est l'histoire d'un empereur ou plutôt de son squelette. Feu Grand Charlemagne ou Karl der Grosse pour nos camarades de l'autre côté du Rhin aura reposé ses fesses sur le trône dur de la cathédrale d'Aix la Chapelle, sa capitale. Des années plus tard, dans ce même lieu, son corps sera l'objet d'échanges et de mutilations. Reportage de blog sur la décadence du corps du roi à la barbe fleurie!

Un trône pour reposer les fesses du patron

Vous expliquer que c'est dans cette église que Charlemagne a fait montre de son charisme le plus absolu aurait un grand intérêt pour les historiens mais dans cette rubrique, mes chers lecteurs recherchent le cocasse, le funny, les petites anecdotes parfois rigolotes, parfois violentes jusqu'à sanglantes, parfois sexuelles (si, si elles viendront, I promise). Disons qu'ici, vous resterez perplexes. A peine enterré dans cette chapelle, Charlemagne est sujet à une grande vénération. Mais qui dit vénération dit dérives. Il n'est pas encore fait saint qu'on déleste son corps de quelques parties: ses ongles et une dent qui deviennent très vite des reliques. Le culte de Saint Charlemagne peut commencer et même s'il n'a plus qu'une dent, il n'a à jamais plus besoin de manucure. La croix pectorale et le talisman qu'il portait au cou deviennent vite les reliques de la chapelle. Traduisez ainsi, être saint au Moyen Age = être découpé. La suite, c'est tout bonnement "Massacre à la religieuse". Les années fusent et le tombeau de Charlemagne est perdu, on ne le retrouve plus. Ne plus savoir où est un tombeau dans une église, c'est assez confusant.

C'est Fréderic Barberousse, empereur du Saint empire romain germanique  au XII e sièle, qui est en bisbille avec le pape Alexandre III et qui a placé un antipape, Pascal III, qui retrouvera le tombeau perdu. Il avait besoin d'un saint, il choisira Charlemagne pour le protéger. La découverte du tombeau est ressentie comme un acte de Dieu. Pour Charlemagne, ce sera la boucherie. On lui prélève deux os des bras qu'on place dans un reliquaire d'orfévrerie. Notre Dame d'Aix la Chapelle devient dès lors un lieu de pélerinage et tous les morceaux de Charlemagne des faiseurs de miracles. 

Les restes d'un saint dans un reliquaire (trèsor de Notre Dame d'Aix la Chapelle)

Le dépeçage continue de plus belle. Une dent avec l'empereur Otton au X e siècle, un bras amputé par Bareberousse au XII e siècle et Charles IV ira encore plus loin en le privant de sa calotte crânienne un peu plus tard. Ensuite, tous les grands princes et rois veulent leur part du gâteau ou plutôt leur part du héros. Commence alors un véritable trafic d'organes ou plutôt corporel qui part de Notre Dame d'Aix la Chapelle où l'essentiel tout de même réside. Désormais, les églises de Bruges, Fulda, Osnabrück et Zurich peuvent se targuer d'avoir un objet qui sent bon la mort. Ensuite, on pratique l'échange. Les rois de France veulent eux aussi des reliques du saint dont ils se sentent les descendants. En général, ce sera des dents. Aujourd'hui, il est clair que Saint Charlemagne a une sale gueule car il n'a plus une seule dent. 

Morale de l'histoire: les églises sont des désosseuses. Si vous êtes célèbres et bons, ils vous triturent jusqu'à la moelle pour enfermer vos parties corporelles dans des châsses et reliquaires. Au moins, Charlemagne restera pour l'éternité baigné dans l'or. Quoiqu'il n'a pas trop se plaindre, Raspoutine, lui n'est pas un saint mais a vu son sexe conservé dans du formol. Aujourd'hui Charlemagne est loin de l'homme à la barbe fleurie, c'est plutôt un crane ici, un bras par là, un nez qu'on a enlevé pour en mettre un autre en or ... Bref, un empereur effeuillé par ses successeurs.