Un musée en plein air. Décidément, Florence enchaîne les tops 3 et se hisse à la première place cette fois-ci. Une place aux allures renaissantes qui nous rappelle comment Florence s'est imposée face à toutes ses rivales. Le Guide vert ne lui attribue que deux étoiles, moi je lui offre le sommet sur un plateau de marbre. J'aurais bien sur pu mettre dans mon top 10 la piazza del Duomo mais c'est plus la cathédrale qui en impose que la place véritablement. Tour d'horizon des pièces majeures de cette gallerie à l'air libre.


La place est tout d'abord dominée par son palais. Une horloge indique le temps sur la tour du beffroi et pourtant le temps reste figé, inchangé, immuable. Quand nos pupilles se détournent du haut pour regarder en bas, on se demande si quelqu'un nous a emmenés dans une machine à remonter le temps. Ce lieu, c'est comme une Atlantide de l'histoire: Florence est une cité à jamais engloutie par son passé, son Quattrocento a décidé de poser ses valises ici pour l'éternité. Des bagages remplis de souvenirs étalés aux quatre coins de cette pièce. C'est comme un grand salon mondain avec tout ce qu'il y a d'orgueilleux mais aussi de puissant. A quelle époque sommes-nous? Antiquité, Renaissance? Un peu des deux puisque la seconde n'aurait jamais pris vie sans la première. Les hommes de la Renaissance vénéraient l'Antiquité. Ici, cette période très reculée de l'histoire est transposée dans la sculpture à la fois dans sa plastique mais aussi dans ses thèmes de l'enlèvement des Sabines à des thèmes beaucoup moins profanes comme le David mais qui en dit plus sur la capitale des arts que sur la religion proprement dite.


L'enlèvement des Sabines, retour à plus de 2000 ans en arrière


L'Antiquité, comme si tout lui était du: l'art, la pensée, le pouvoir. Florence a multiplié les offrandes sur cette place en commençant par les origines de Rome où on hésitait pas à enlever les femmes des voisins pour se repeupler. La Rome antique, c'est aussi une part de mythologie et il ne faut pas chercher trop loin pour comprendre pourquoi Neptune est au centre d'une fontaine où il arrive à dompter les créatures marines.


La fontaine de Neptune


La place, c'est aussi le moyen de faire valoir son surnom de "capitale des arts". Même si vous trouverez uniquement les copies des sculptures (les originales se trouvent dans les musées), la ville étale non sans dignité les sculptures des plus grands qui lui ont offert de véritables chef d'oeuvres. La statue la plus énigmatique reste sans nul doute le "David" de Michel Ange, l'acariâtre qui plaçait la sculpture au sommet du panthéon des arts, celui là même qui pourtant avait peint la Chapelle sixtine. Le Marzocco, lui a été façonné par le célébrissime Donatello. Tout cela se passe de commentaires: Florence a bel et bien raison de frimer.

La copie du David de Michel Ange comme si Florence pouvait vaincre tous les Goliaths de la Terre


Plus qu'une capitale des arts, c'est une capitale tout court. La République de Florence, libérée de la tutelle des seigneurs et administrée par les plus grands bourgeois avec à leur tête les banquiers Médicis, tente avec l'art de mettre en lumière son pouvoir. La grandeur de la tour du Palazzo Vecchio pourrait nous faire penser à une ville imprenable. Le David vainqueur de Goliath semble serein comme si Florence, engagée dans les nombreuses guerres d'Italie pouvait vaincre n'importe quel ennemi. Pourtant, le symbole le plus éclatant reste le Marzocco. Donatello, à la demande de ses commanditaires, a voulu graver à jamais la puissance de la république des merveilles. Dans sa patte, il tient une fleur de lys, symbole de la puissance politique de Florence et son nom est dérivé de Mars, dieu de la guerre terrifiant et qui déchaîne ses armes contre ses rivaux.

Méfiez vous du Marzocco


D'une arrogance sans pareille, d'une sobriété totalement absente, d'un naturel balayé avec la Renaissance, la place de la Seigneurie conserve à tout jamais sa dignité sans pour autant tomber dans le superficiel. Perdez vous dans le temps, celui du Quattrocento.